Jamal Nouman : «Aurélie raconte l’amour aux temps du visa»

Après le franc succès de «Yemma», «Ethiopiques» et d’autres titres qui revêtissent le melhoun, Jamal Nouman revient avec «Aurélie», une ode à  l’amour sur un rythme chgouri.

Où était passé Jamal Nouman depuis le titre «Ana Wyak»?

Je travaillais loin du Maroc. J’étais en résidence avec l’artiste réunionnais René Lacaille à Marseille. Puis je suis parti en Suède pour la tournée d’une pièce de théâtre. Car je suis d’abord un homme de théâtre. C’est d’ailleurs à travers le théâtre que j’ai trouvé ma voix vers la chanson. Et ce, en travaillant à plusieurs reprises avec l’un des élèves de Taïb Sadiki qui, adepte du théâtre chanté, me faisait interpréter du melhoun, du gharnati ou du chgouri. 

 

Mais vous communiquez davantage sur votre carrière musicale…

J’ai toujours voulu séparer les carrières de comédien et de musicien. Mais à partir du moment où j’ai été repéré comme artiste polyvalent, disons que j’ai été étiqueté. Le théâtre est certes ma formation professionnelle, mais mon engagement pour la musique est plus sérieux, de l’ordre du viscéral. C’est un fantasme délicat, un papillon derrière lequel j’ai toujours couru, que je crois attraper parfois et qui m’échappe en me laissant de la poudre aux doigts…  

 

«Aurélie» est votre tout nouveau titre qui parle d’une histoire d’amour entre un musicien marocain et sa muse française. D’où vous est venue cette idée ? 

Je pense que la musique est, comme la nouvelle, une façon de raconter le quotidien d’une toute autre façon. Cela peut être mon histoire comme celles de dizaines d’autres personnes. Et à l’heure où l’on parle beaucoup de la migration et de la diversité, Aurélie raconte une histoire d’amour limitée dans le temps et dans l’espace en raison de ces difficultés de mobilité. Ce n’est pas pour surfer sur quelque chose, mais c’est un angle humain que l’on n’a pas l’habitude de traiter lorsqu’on se penche sur ce phénomène.

 

Est-ce votre tournée en France et en Suède qui a inspiré ce titre ? 

Non. Aurélie a été composé il y a un moment déjà et qu’on a enregistré il y a à peu près un an. Nous l’avons gardé de côté, vu les difficultés du marché et notre volonté de bien faire les choses avec un bon clip, pour que le titre sorte dans les meilleures conditions. De plus, il y a tout une programmation qui s’ensuit maintenant, avec un concert le 28 octobre et le Visa for Music qui arrive en novembre. 

 

A l’heure où la darija commence à séduire cet Orient hautain, est-ce que vous voudriez y tenter votre chance? et à quelles conditions ?

Nous en parlions encore ce matin. Nous recevons énormément de messages d’Egypte par exemple. Un pays dont nous respectons énormément l’héritage musical. Et nous adorerions aller jouer là-bas. Maintenant, côté production, s’il y a moyen de développer notre musique dans la continuité de ce que nous faisons déjà, ce ne sera pas de refus. Autrement, nous ne pouvons pas dénaturer notre musique pour nous adapter à quelque commande. Nous voulons bien tenter des expériences s’il y a quelque chose qui puisse nous correspondre et si nous y trouvons du plaisir également. Personnellement, je pense que derrière Jamal le musicien se cache un vieux musicologue farouche et très à cheval sur la qualité. Je ne me permettrais pas de dévier du cap. 

 

Vous retrouvez-vous dans une mouvance artistique particulière au Maroc ? 

Nous nous revendiquons pleinement de la musique marocaine, avec une nette volonté de revisiter le patrimoine du Nord du Maroc, un peu comme le fait Oum pour le Sud. Il y a également Nabyla Maan qui commence à creuser dans ce sillon. Sinon, j’ai comme l’intuition que nous ouvrons les portes d’une nouvelle ère de la musique marocaine, sans prétention aucune. En ce sens où je reçois de plus en plus de retours de musiciens aux yeux desquels nous avons franchi le premier pas et pris ce risque sur lequel ils tergiversaient encore, pour faire de la vraie musique marocaine moderne, loin de l’influence orientale.