« IL » ou la soumission acceptée

Mercredi 10 mars à  la Villa des Arts de Rabat, les amoureux du théà¢tre se sont donné rendez-vous pour la signature du texte dramaturgique “IL”. Ecrite par Driss Ksikes et mise en scène par Jaouad Essounani, la pièce montre une soumission acceptée où les personnages sont voués à  vivre le dos courbé en U.

«Vous avez compris, maintenant ? Nos dos sont courbés à force de silence. La parole s’est coagulée. Elle s’est transformée en pierre inerte. Nous l’avons avalée de travers. Elle bloque notre respiration.»  Dans la cité des condamnés à la soumission, Uterrus, IL est une force au-dessus de tout et de tous, que les uterriens essaient tant bien que mal d’approcher. Ilan, le porte-parole d’IL, incarne le messager dont les ordres suprêmes sont à prendre sans négociation. Face à une vie qui n’en est pratiquement pas une, les uterriens ne peuvent qu’espérer le jour où ils pourront remonter sur terre, délaisser cette courbure dorsale estompée par l’obéissance docile, qui leur pèse mais les réconforte dans leur servitude.

De l’avocate réduite à une voyante à l’imam condamné à monter et à descendre son échelle pour appeler machinalement à la prière, les silences ont autant de valeur que les mots dans le texte. Les uterriens sont conscients de leur déclin et de leur soumission mais n’y peuvent rien. Ils la trouvent reposante. En retrouvant leur liberté sur terre, ils devront évidemment se délaisser d’Uterrus. En revanche, le cocon que leur offre IL dans cette cité leur procure un sentiment de sécurité mêlée à une lassitude monotone. Ils s’y plient. Ils savent qu’ils ne s’attendent plus à rien dans leur vie. Tout ira médiocrement pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Un symbolisme omniprésent

Il est inutile donc pour les uterriens de s’aventurer dangereusement à escalader les murs infranchissables d’Uterrus, au risque de retrouver une terre dont ils ignorent tout. Qu’y retrouveront-ils ? Du chaos ? De l’insécurité ? Personne pour les réconforter dans leur passivité ? Un danger méconnu ?… L’inconnu, justement. Cet inconnu qui fait si peur aux uterriens qu’il les résigne et les réconforte dans une soumission exécrable.

Il y a de ces textes de dramaturgies qu’on lit tellement de fois, toutes aussi différentes l’une que l’autre, puisque chacune fait découvrir quelque chose dans le monde, dans un environnement donné et dans soi-même. Le texte de la pièce IL de Driss Ksikes en fait partie. A la première lecture, l’on découvre un univers calmement chaotique où le symbolisme est omniprésent. A la seconde, l’on transpose la situation d’Uterrus à d’autres qui font partie du temps présent, on découvre des individus résignés. A la lecture qui vient après, on se pose d’infinies questions de toutes sortes : cela est précisément l’objectif de Driss Ksikes.

«IL», un texte dramaturgique de Driss Ksikes, 30 DH – éd. Marsam