« Il est grand temps de chercher des solutions sur Internet pour l’industrie musicale »

Avis de Réda Allali, Guitariste, chanteur et leader du groupe Hoba Hoba Spirit.

Dans l’album «KalaKhniKov», pourquoi avez-vous bifurqué vers une autre manière de faire votre musique ?

Nous sommes loin de la conception musicale rigoureuse ou asphyxiée par la discipline. Hoba Hoba Spirit joue sa musique comme elle le sent, comme elle l’entend, selon ses humeurs. Il en était toujours ainsi dans nos autres albums. C’est pour cela que nous avons fait le choix de ne pas nous coller un ADN musicale précis. Nous sommes un groupe de rock qui joue du chaâbi, du reggae, de l’acoustique, selon l’inspiration… L’important pour nous est que notre musique reflète nos émotions et notre joie de les partager. La partie noble de notre métier est de faire plaisir aux gens, de leur donner le sourire.

Votre musique est-elle toujours aussi festive que dans vos albums précédents ?

Oui. C’est même tout l’esprit de Hoba Hoba Spirit. On est des musiciens, on conçoit les paroles comme un élément de la musique, pas quelque chose qui se fait en parallèle. Nos rythmes, nous les voulons joyeux, parce que nous les créons et les jouons déjà dans la joie, qui atteint son comble lorsque nous arrivons à la transmettre à nos fans, à la partager avec eux tous ensemble.

Est-il facile pour vous, aujourd’hui, de trouver une boîte de production et de vous faire enregistrer ?

Nous sommes en autoproduction et le local que nous exploitons pour enregistrer nos albums nous est prêté par un ami. Nous l’avons équipé petit à petit en achetant notre propre matériel… C’est tellement confortable de travailler chez soi !

Combien de temps vous a-t-il fallu pour préparer «KalaKhniKov» ?

Entre l’enregistrement et la sortie de l’album, nous avons mis six mois. Aucun album ne part d’une feuille blanche. Il n’est pas fait que de paroles spécialement écrites pour, mais il reprend aussi, souvent, des bribes de musique ou de textes écrits sur un bout de papier, laissé quelque part, un rythme que l’on a joué à un instant ou à un autre.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées pour sortir cet album ?

Comme à chaque sortie d’album, nous nous sommes confrontés à l’absence de circuits de distribution au Maroc. Il n’y en a pratiquement pas et c’est donc valable pour nous comme pour de nombreux autres artistes. Ce n’est pas possible que tous les artistes qui arrivent à remplir les salles et ramener plus de mille personnes par concert ne trouvent aucune industrie pour accompagner leur création !

«KalaKhniKov» est enfin dans les bacs. Pensez-vous que ses revenus viendront à bout de ses coûts de production, de distribution et mastering ?

Recouvrir les frais de mastering, peut-être oui, puisqu’il ne nous a pas coûté cher… A part cela, nous sommes loin au Maroc d’être dans un circuit où l’on peut raisonner de manière à déployer une somme d’argent dans la création pour en récolter le double. En dehors des groupes tels qu’AC DC, Metallica ou U2, qui vendent des exemplaires d’albums dans le monde entier, la vente de CDs ne rapporte plus. Nous n’attendons pas de gagner de l’argent avec cela, mais nous sortons encore aujourd’hui nos albums en CDs parce que notre métier est de faire de la musique. Les Hoba Hoba Spirit sont ainsi faits ! Mais sinon, il est grand temps de chercher des solutions sur Internet pour l’industrie musicale.

Vous ne percevez pas de revenus de droits d’auteur de la part du Bureau marocain des droits d’auteur (BMDA) ?

Ce truc est un scandale à la marocaine. Je vous donne un exemple : je ne me suis jamais produit en Allemagne mais des revenus sur les droits d’auteurs m’en parviennent à chaque fois que la musique de Hoba Hoba Spirit passe quelque part là-bas. En même temps, les sommes touchées ici sont inférieures à celles qu’on perçoit en Europe, ce qui est bizarre. Nous touchons de l’argent au Maroc, des petites sommes sans transparence. Hoba Hoba Spirit est inscrit à la SACEM [Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, ndlr] en France. Au Maroc, le BMDA récolte des revenus mais ne les distribue que rarement. Et à côté, il n’y a aucune action, comme si tout était évidemment normal. Il faut régler cette situation d’urgence et ce drame, car nous sommes dans un pays où la fonction sociétale des artistes est marginale. On ne considère pas leur fonction sociétale. On les conçoit que dans leur dimension utilitaire.

Et quelle est la fonction sociétale de Hoba Hoba Spirit ?

Que tout le monde écoute de la musique qui transforme le moment, qui en fait sortir toute sa joie. Il ne s’agit pas d’enjoliver le moment mais plutôt de le secouer car notre musique n’est pas de la musique de fond. C’est une dose d’énergisant permanent.

Comment voyez-vous l’évolution du groupe ?

Nous n’étions que trois lorsque nous nous sommes réunis dans le cadre de Hoba Hoba Spirit. Nous étions tous célibataires et aujourd’hui nous avons des familles, des enfants… Je suis content que Hoba Hoba Spirit soit devenue aujourd’hui une famille. C’est toujours pour nous un plaisir de faire de la musique ensemble. Même lorsqu’on ne prépare ni tournée, ni album, nous nous rencontrons au studio dans une ambiance bon enfant pour retrouver ce plaisir renouvelé d’être ensemble, de porter de l’intérêt à quelque chose, de construire. Ce qui fait basculer un groupe de musique, c’est la vie en commun. Pour Hoba Hoba Spirit, c’est de plus en plus intense et ce n’est que du bonheur.