Hind Oudrhiri : «Ce sont les Hommes qui font les objets et non pas l’inverse»

«Poutite» est le nom choisi par Hind Oudrhiri et Amine Aït Hammou pour l’objet mystérieux qu’ils fabriquent et pour lequel ils ont lancé un appel à  contributions, ouvert à  tous les internautes. Envoyez vos photos sur les thèmes de l’itinérance, des objets et des gens à  l’adresse suivante : [email protected]

Qui est Poutite ? (J’ai cru comprendre qu’il s’agissait d’un félin).

Poutite est en effet le nom d’un chat de gouttière qui a passé une période de convalescence chez nous. Le chat nous intéresse comme figure, nous sommes fascinés par son rapport à la vie. C’est aussi un mot issu de la rue, que l’on a découvert grâce au rappeur Mobydick. Nous aimons ces expressions marocaines qui renferment presque des images, des images qui font voyager. Ce mot nous a amenés à nous poser des questions sur ce qui est grand et ce qui est petit, ce qui est nécessaire et ce qui ne l’est pas.

Présentez-moi ce projet, son origine, la forme qu’il revêtira.

Poutite est un objet usuel trouvé, que nous allons lancer en série limitée. Nous l’avons appelé Poutite parce qu’il nous semble petit de par son échelle, mais grand par les possibilités d’usage qu’il offre. Poutite est un objet du quotidien fait de matériaux recyclés, démontable et ambulant ; d’où les thématiques de l’appel à contribution (itinérance-objets-gens).
Nous désirons dessiner avec les gens des paysages qui peuvent l’accueillir, et lui inventer aussi des usages. Nous voulons mener cette expérience publique parce que nous pensons que ce sont les Hommes qui font les objets et non pas l’inverse.  
Toute la matière récoltée apparaîtra sur un site internet sous forme d’images qui raconteront l’histoire de cet objet tel qu’on l’aura imaginé ensemble.
Nous sommes pour le moment deux avec Amine Aït Hammou à veiller sur la production de l’objet, nous sommes aidés par Kaouthar Oudrhiri pour le volet communication. Nous tenons à travailler avec d’autres artistes issus de la performance/rap, du théâtre, afin de rendre compte de cet objet comme quelque chose appartenant à un temps, celui que nous vivons.   

Qui peut participer ? Et que doit faire cette personne, au juste ?

Tout le monde. Nous cherchons des instants, une parole, un regard autre. Nous voulons faire de Poutite un espace de rencontre de trajectoires, de gens qui sont constamment en mouvement. Il faut donc juste se saisir d’une caméra, ou fouiller dans ses albums photos afin de piocher des images qui racontent des voyages, des marches, des trouvailles, des rencontres.   

Vos thèmes sont vastes, océaniques. Vous n’avez pas peur de vous y noyer ?  

Vous avez raison de penser cela, ce projet porte une part d’utopie. Nous privilégions dans ce projet l’expérience et la recherche qui peut s’apparenter à un océan, justement pour donner à voir aux gens des choses que l’on n’aurait pas vues nous-mêmes, et vice versa. Mais au-delà de ces thèmes qui peuvent paraître immenses, nous produirons un objet très simple, et nous cherchons des matériaux simples pour écrire son histoire.
 
La notion de «liberté» est exaltée. Poutite a-t-il l’âme militante ?

Le mot Poutite est pour nous une forme de liberté, s’approprier le langage est une forme de liberté. Chacun de nous jouit d’instants volés ou partagés, et ce sont des moments de liberté. La liberté, pour nous, n’est pas un combat, mais une juxtaposition de moments simples. Nous n’avons pas la prétention d’être des militants, nous voulons uniquement partager une expérience avec le maximum de personnes.