Hassan Chebbough ou la nostalgie d’un artiste

• Il est passé par différents styles et courants artistiques avant de découvrir celui qui lui correspondait.
• Dans un esprit un peu altruiste, il va créer avec un groupe d’artistes l’Association «La Palette» en 1996.

Le célèbre Hay Mohammadi à Casablanca, depuis toujours, grouille de talents, que ce soit des artistes en tous genres, des sportifs ou des intellectuels. Un univers très animé depuis l’indépendance, lorsque les premières flammes de la résistance s’allumèrent contre le colonisateur et ne s’éteindraient qu’après son départ. C’est dans ce milieu que naquit le peintre Hassan Chebbough, il y a de cela plus de soixante ans. Déjà enfant, encore au primaire, il accompagnait sa mère de temps en temps sur le lieu de son travail. Elle travaillait chez des Français, artistes peintres, qui disposaient d’un atelier à cet effet. C’est ainsi que Hassan, l’enfant, découvrira la peinture et la multitude de couleurs mises les unes à côté des autres, les palettes et les pinceaux… Dans le quartier il y avait la Maison des Jeunes, très active à cette époque des années 1960 et 1970 et où le futur artiste se défoulait à merveille, initié en cela par des aînés soucieux d’encadrer les jeunes et les impliquer dans l’univers culturel et artistique. Hassan Chebbough a depuis toujours côtoyé les artistes peintres, et a notamment eu l’occasion d’en observer quelques-uns à l’œuvre, comme l’artiste-peintre Mohamed Tisla, son aîné qui vit également à Hay Mohammadi.

Il s’empare alors des pinceaux, s’initiant en autodidacte à cet art exigeant dans une veine réaliste. «Tout jeune j’ai été intéressé par les arts visuels, le dessin notamment et la peinture.  J’ai par la suite étudié les techniques traditionnelles en peinture et j’ai pu me tracer ma propre voie», déclare l’artiste. Cette voie, outre de réaliser des œuvres artistiques, c’est d’orienter des jeunes pousses passionnées d’arts plastiques. «J’ai découvert que je pouvais ressentir les énergies autour de moi et les difficultés des gens, puis à créer des choses qui vont les soutenir. C’est quelque chose de très fort que j’aimerais offrir. En d’autres termes, aider des gens à retrouver la paix avec eux-mêmes et avec l’univers qui les entoure», ajoute-t-il. C’est dans cet esprit un peu altruiste qu’il va créer avec un groupe d’artistes l’Association «La Palette» en 1996.

La tendance à aider les autres provient certainement du fait que M.Chebbough a côtoyé plusieurs artistes peintres qui, pour la plupart d’entre-deux, n’ont pas hésité à lui transmettre de nombreux conseils et idées afin d’enrichir ses compétences.  Au début des années 1980, avec quelques jeunes artistes de l’époque, il va marquer l’histoire du Bd Chouhada avec de gigantesques graffitis à propos d’Al Qods et des souffrances du peuple palestinien, sur les murs du quartier Bechar, plus connu à l’époque par «Chabbou». Au collège, à la maison des jeunes avant d’intégrer le monde des expositions et de se soumettre à la critique.

Il est donc passé par différents styles et courants artistiques avant de découvrir celui qui lui correspondait, le crayon, le noir et blanc, le clair-obscur … «Puis un jour j’ai lu quelque part que quand la lumière s’exprime pleinement tout se colore. La peinture est proprement un langage lumineux. Et que la couleur est un élément vital comme l’eau et le feu. C’est incontestablement un besoin essentiel, alors je me tournai vers les couleurs de la nature et la beauté des créatures jusqu’à ce que j’éprouve une fascination sans limites pour les chevaux, particulièrement le pur-sang arabe», explique notre artiste-peintre. Pour Hassan Chebbough, que ce soit des personnages, des animaux ou des objets, c’est l’artiste qui les a imaginés. C’est lui qui les a construits en se fondant sur des rencontres, sur un souvenir ou bien un rêve.

«Par exemple, même si un tableau se nomme la Joconde avec son visage très connu à travers l’histoire, ce nom ne nous dit rien, il a pour seul écho le tableau auquel il sert de titre et la signature d’un peintre», ajoute l’artiste. C’est difficile de se rendre compte que l’on travaille quand on est artiste car tout se passe dans sa tête. C’est un travail intérieur et constant. J’ai beaucoup d’estime pour la créativité. Mais la société actuelle voit tout en termes de rentabilité. «Je pense que c’est pour cette raison que les gens ont arrêté de montrer les talents qu’ils ont en eux». Et que peut-on dire de l’avenir de l’art plastique après le bouleversement qui a secoué le monde suite à la pandémie ? (Rires). Hassan Chebbough convient que l’impact de la pandémie fut très fort sur les arts en général et sur le plasticien, ainsi que l’avenir du secteur. Car il y a eu des changements majeurs imposés par la pandémie, et d’autres défis dans un contexte de croissance rapide (moyennant transformations numériques et intelligence artificielle). Tout cela impactera sûrement la vie des hommes.

En fin de compte, notre artiste conclut que de manière générale, l’art plastique au Maroc tient la route au niveau technique et thématique. Peut-être sans trop s’intéresser aux moyens utiles. Mais la création demeure le fruit de l’effort des artistes appartenant à des classes sociales différentes : de l’aristocratie à la classe populaire, des intellectuels au petit peuple.