H-Kayne : Du bon son, fils

Ils sont les chantres de la génération rap de Meknès. Issawa Style, F’mo Hadak, Ya Dania, autant de titres qui ravissent les foules, au Maroc mais aussi en France et en Espagne.

Quand on demande à Iliass, 16 ans, de nous parler de ce qu’il écoute, le lycéen casablancais sort sa dégaine «tupacienne» de pseudo-Bad Boy, commence par souligner qu’on doit l’appeler «Mc Liasses», et se lance dans un monologue au vocabulaire quelque peu incompréhensible pour la novice en culture «hip hop» que je suis.
Beat, punshline, flow… De quoi se perdre. Pourtant, on se comprend. Entre ce petit bout d’homme et moi, il y a quelques points communs. Tout d’abord et avant tout, des affinités musicales portées par notre vert et rouge national. On parle rap. On parle Maroc. On parle H-Kayne. Surtout H-Kayne.
Quand on nous demande ce qu’on en pense, on dit en chœur : «C’est du bon son, fils». C’est donc avec ce nouvel ami que je redécouvre, autour d’un verre de thé à la menthe, la success story du groupe meknassi et leur métamorphose depuis 1426. L’album, pas l’année !

De la musique…

Mc Liasses parle avec passion et hargne de ce qui le fait vibrer : leur dernier opus, HKaynology, découvert en 2009. D’une part pour la musique : on découvre un son plus travaillé, épuré, «groovy», auquel les mauvaises langues pourraient reprocher d’avoir perdu de son identité nationale. En effet, il n’y a plus ces touches traditionnelles de darbouka ou de genbri qui caractérisaient 1426, le premier album du groupe. Mais n’était-il pas temps de rencontrer un rap marocain plus «professionnel» en matière de… rap justement ? H-kaynology nous l’offre avec des instrumentales semblables à du rap US tout droit sorties des banlieues de Brooklyn.
D’ailleurs, comment parler de perdre la Morroccan Touch quand on parle d’H-Kayne ? Le groupe a su s’imposer sur la scène marocaine comme une évidence musicale tout en s’éloignant des préjugés sur les bad boys du hip hop. Nous ne parlons pas ici de mauvais garçons, mais de jeunes passionnés de musique et qui osent parler d’une réalité qui est la leur.

Et du texte…

C’est donc avec des textes plus engagés que l’on découvre la maturité du groupe et son ouverture sur le monde. On ne parle plus des amitiés corrompues, des jeunes filles aux mœurs douteuses ou encore de l’immortel et légendaire Issawa Style, mais de sujets à plus grandes portées : drogue, immigration, guerre, et même d’amour sur une piste 07 rythmée d’une judicieuse collaboration avec l’américain Trarius.
La maturité est aussi palpable dans la production de l’album. Cette dernière est 100% marocaine, réalisée par le groupe lui-même qui créa une structure de production pour suivre l’évolution de leur album, de la création à la distribution. Une prise d’indépendance appréciée par le public mais aussi par les talents rap qui trouvent là l’opportunité d’être découverts et ainsi de briller sous la lumière des anges meknassis. H-Kaynology comme science de la réalité. La pochette de l’album annonce la couleur : on peut y lire «ilm el wakii» (science de la réalité). A la hauteur de la promesse faite, l’album est une ode satirique, une analyse approfondie de la société marocaine et des fléaux qui la rongent, tout en musique évidemment ! Dès les premières secondes de l’album, le ton est donné. Ce sera du rap, du vrai, comme on n’en voit plus. 
Mon pote a le sourire aux lèvres, ce groupe, il l’adore. Mais Iliass n’est pas le seul. Ce qui caractérise nos H-Kayne, c’est l’universalité de leur message et de leur musique. Pas besoin de baggy, de grosses chaînes sur tee-shirts extra larges pour apprécier le flow. N’est-ce pas ça, la bonne musique ? Bon sang de bon son !