Guerre intestine au sein de l’Union des écrivains marocains

Bras de fer entre le président Abdelhamid El Akkar et cinq membres du bureau exécutif qui l’ont destitué.
Une réunion prévue le 7 novembre tentera de mettra fin à  ce conflit.

D ésaccord, incompréhension et marasme au sein de l’Union des écrivains marocains (UEM), perturbation telle qu’elle entraîna une réaction paroxystique chez certains membres du bureau exécutif, précisément cinq. Réaction qui  consiste à révoquer carrément le président Abdelhamid El Akkar, lors d’une réunion tenue le 24 octobre. Les raisons invoquées sont multiples mais la plus importante concerne la dénonciation d’une certaine torpeur qui paralyse l’UEM et ce depuis son 17e congrès national en novembre 2008. La question est de savoir jusqu’à quel point cette subite destitution s’appuie sur une légitimité. Les «insurgés» de l’UEM prétendent agir en toute légalité. Les statuts de l’association prévoyant que si la majorité des membres réclament le départ du président, ceux-ci ont le droit d’obtenir satisfaction.
Interprétation que conteste naturellement M. El Akkar, le président et avec lui deux autres membres du bureau exécutif. Dans un communiqué de presse, ils ont fait part de leur refus de voir cette décision de révocation mise à exécution. Pour eux, elle est arbitraire donc «inacceptable et condamnable parce qu’elle n’est pas légitime». Ils sont pour le dialogue dans un climat de démocratie. Succédant à Hassan Nejmi en 2005 et réélu en 2008 pour un mandat de trois ans, M. El Akkar, selon ses opposants, n’a rien fait de concret durant quatre années d’exercice. De là la fronde qui a éclaté !

Deux visions complètement différentes
Les arguments avancés sont solides et dénoncent, toujours selon les opposants, un état des lieux exécrable. «C’est
M. El Akkar qui fait tout sans prendre l’avis de personne. Nous jouons malheureusement le rôle de marionnettes. C’est un vrai tyran», affirme Mustapha Nahhal, membre du bureau exécutif de l’UEM. Effectivement, si ce sont despotisme et dénigrement qui prévalent au sein de cet organisme, la situation ne peut être qu’intolérable. Lieu intellectuel par excellence, il a pour vocation non seulement une parfaite entente entre nos créateurs, mais aussi de l’initiative, de l’innovation, de l’audace. Or, c’est un visage assez laid que montre l’UEM par ce désaccord. Une image indigne d’une institution où l’intellect est de mise. «L’Union vit depuis des années une léthargie profonde. Elle ne joue plus son vrai rôle. Les activités se limitent aux déplacements du président, ce qui lui vaut une prime mensuelle qui s’élève parfois jusqu’à 15 000 DH», explique M. Nahhal.
Plus les choses s’enveniment, plus on est en droit de se demander s’il ne s’agit pas d’un règlement de comptes. Pourquoi, par exemple, ne pas avoir simplement convoqué une réunion et mettre cartes sur table ? Pourquoi avoir réélu M. El Akkar en 2008 pour le remettre en question un an après ? «Ce n’est en aucun cas un règlement de comptes. C’est vrai que M. El Akkar a créé une situation malsaine en promettant, après sa réélection, des postes bien précis à certains membres. Or, ces promesses n’ont pas été tenues… Le président a tourné le dos. Mais on a vite surpassé ce problème pour aller de l’avant. Malheureusement, il est resté sur ses positions en prenant des décisions unilatérales. Chose qui nous a poussés à contacter des intellectuels qui font autorité, notamment Mohamed El Achaâri, Hassan Neffali ou encore Kamel Abdelatif, mais en vain…», assure toujours M. Nahhal.
A travers toutes ces vicissitudes, qu’en est-il de l’écrivain marocain ? Comment se positionne-t-il dans une telle polémique ? Driss Khoury, écrivain, auteur entre autres de Jours et nuits, a une opinion tout à fait arrêtée. «C’est catastrophique ce qui se passe au sein de l’UEM. Sans connaître le fond de l’histoire, je déplore cependant toute image négative que peut donner l’UEM. Je tiens à préciser, toutefois, que cette situation ne reflète pas l’état de l’écrivain marocain».

Qu’en est-il de l’écrivain marocain ?
D’un autre côté, l’ex-président de l’Union des écrivains marocains, le poète Abderrafie Jouahri, a préféré ne pas faire de commentaire et attendre plutôt que les différentes parties trouvent la solution la plus adéquate. Solution qui sera peut-être prise le samedi 7 novembre lors d’une réunion des membres dissidents. D’autre part, Abdelhamid El Akkar compte publier un communiqué dans lequel il répondra «point par point» aux accusations qui lui sont reprochées.
Ainsi, deux opinions, deux interprétations de la légitimité se confrontent et risquent de déstabiliser l’UEM. Dans l’univers culturel marocain, déjà se débattant pour subsister, une telle altercation entre membres d’une honorable institution -très engagée depuis l’année de sa mise en orbite- n’est certainement pas la bienvenue. Espérons que les décisions qui seront prises iront dans le bon sens, c’est-à-dire une vision de l’avenir, en entrant de plain-pied dans un XXIe siècle qui sera culturel ou ne le sera pas.