Gnaoua : l’Afrique à  la page

La dix-septième édition du Festival Gnaoua d’Essaouira se tiendra du 12 au 15 juin. Aux couleurs de l’Afrique, l’événement mythique promet de renouer avec nos racines.

Comme il est bon, par les temps qui courent, de parler de notre appartenance à cette Afrique plurielle, teintée de contrastes et d’héritages précieux, terre d’arts et d’histoire. Et comme il est bon de le faire en musique, celle qui adoucit les mœurs. Un brin de jazz contemporain, une touche de rock progressif, une envolée de musique classique, servis sur fond de musique de Gnaoua où résonne toute la puissance de la culture africaine. C’est ainsi que se dresse le programme de la 17e édition du Festival Gnaoua d’Essaouira sous le thème «L’Afrique à venir», éloge à cette grande dame courtisée, horizon de croissance et terre de brassages culturels.

Par ce choix de thème, l’événement cultissime et emblématique du paysage culturel marocain renoue avec ses racines et l’ambition de faire naître des métissages uniques, des fusions inédites entre les grands Maâlem gnaouis et les musiciens du monde. A en frôler l’expérience spirituelle, c’est le langage universel de la musique, dénué d’artifices, qui est présenté, brut et parfois brutal. Au-delà des concerts, c’est Essaouira entière et fragile qu’on redécouvre entre forum, spectacle de rue, et concerts, vibrante au rythme des ganbris, où l’art s’affiche à chaque coin de rue, et où les festivaliers sont aussi éclectiques que les artistes présents !

Impératifs Gnaoua

Niveau programme, le festival se surpasse cette année avec ce qui semble être uniquement des têtes d’affiche. A commencer par l’ouverture du bal signée Didier Lockwood. Le violoniste français, habitué à  un certain Miles Davis, aux frères Marsalis, ou encore à Paul Céléa, fusionnera avec Foulane et le Mâalem Hassan Boussou. Vendredi soir, c’est les pieds dans le sable qu’on pourra danser sur les notes de Meta et ses Cornerstones. Pour les frileux ou friands de concerts intimistes, au Borj Bab Marrakech se produira mâalem Hamid El Kasri et ses invités. L’ambiance sera à son firmament samedi soir sur la Place Moulay Hassan.

Une soirée qu’aucun mélomane ne ratera vu que deux grands calibres se succéderont sur la même scène: Ibrahim Maalouf, trompettiste franco-libanais de génie qu’on a applaudi cette année au Jazzablanca et qui récidive pour présenter Illusions, son dernier album. Du jazz délicieusement moderne, élégamment oriental, et incroyablement enivrant. Suivi de Marcus Miller himself ! Le bassiste aux performances ahurissantes aurait confié qu’il rêvait de partager la scène avec un Maâlem gnaoui. Une fusion unique qu’on s’enthousiasme de vivre, entre improvisation, partage et complicité. En miroir à la folie de cette scène, s’allume un feu sur la plage, autour de la délicatesse soul, de l’élégance pop, et de la fragilité indie d’Ayo. Dimanche soir, on se remet de nos émotions de la veille face à la fusion du grand Hamid El Kasri et des Maliens Bassekou Kouyate & Ngoni Ba. Après ça, ne dites pas qu’on ne vous avait pas prévenus.