Gnaoua : des chiffres et des notes

Le cabinet de conseil marocain Valyans a étudié l’impact socio-économique du Festival Gnaoua et Musiques du Monde sur la ville d’Essaouira. Les résultats préliminaires sont très prometteurs.

Enfin, une étude met une batterie de chiffres sur un bon pressentiment : le Festival Gnaoua a bel et bien transformé la ville d’Essaouira, en dix-huit ans d’existence. À tel point qu’une très grande partie des sondés de cette enquête associent Mogador essentiellement à la musique et aux arts gnaouis, avant les vents alizés, le bleu azur, les plages, la médina et autres singularités… 89% d’entre eux affirment que le festival est «très important» pour la ville et 81% souhaiteraient participer à une prochaine édition…

Mais plongeons sans tarder dans le vif du sujet: pour mener à bien cette étude, différents avis ont été sollicités. Ceux de l’organisation, évidemment, mais aussi des autorités locales, de la délégation provinciale du tourisme, de la Chambre du commerce et de l’industrie, des opérateurs économiques de la ville et de quelques visiteurs. Le cabinet a recueilli des données sur le terrain, comme les dépenses des festivaliers, les taxes et impôts générés. Résultat : pour chaque dirham investi, le festival en a généré 17 pour l’économie d’Essaouira, soit 1,7 milliard de dirhams en seize ans.

L’enquête menée auprès des opérateurs économiques démontre que leur chiffre d’affaires quotidien augmente très nettement durant les quatre jours du festival : ainsi, les recettes des riads, cafés et glaciers sont multipliées par deux, celles des restaurants et des snacks par cinq et des bazars par sept. Côté investissements touristiques, l’ouverture de nombreux riads de charme et grands hôtels a porté les capacités litières de la ville de 1 200 unités en 2001 à 5 600 en 2013. Quant aux nuitées, elles sont passées de 145000 à 472 000 durant cette même période. Une dynamique qui a incité la ville à lancer des chantiers importants : mise à niveau urbaine, réhabilitation de la médina, aménagement de la corniche, construction de la voie expresse de 113 kilomètres, entre Marrakech et Essaouira…, des investissements publics qui ont grandement amélioré l’attractivité d’Essaouira. Voilà qui pourrait faire réfléchir ceux qui se demandent à quoi «sert» un festival de musique et qui relèguent la culture en général au rang de divertissement méprisable, inutile et secondaire…