Fondation des musées : le meilleur est à venir

À l’occasion de l’inauguration de la nouvelle exposition «César, une histoire méditerranéenne» au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain, Mehdi Qotbi, président de la Fondation nationale des musées, nous renseigne sur l’actualité de l’institution.

L’artiste César Baldaccini va occuper les lieux du MMVI jusqu’au 14 mars 2016. Quel intérêt revêt cette exposition pour le MMVI et pour le public ?

«César, une histoire méditerranéenne», est la première exposition d’une telle envergure consacrée à cet artiste en Afrique et dans le monde arabe. Elle s’inscrit dans la politique éditoriale du MMVI qui s’intéresse à la création moderne et contemporaine marocaine et internationale. Cette exposition permet également d’asseoir la place du Musée parmi les grandes institutions muséales, par sa capacité à organiser des manifestations culturelles de grande envergure aux normes muséographiques internationales. Nous sommes donc très fiers de cette exposition, qui va permettre au public marocain de découvrir l’œuvre de l’un des plus grands sculpteurs du XXe siècle. Nous sommes dans une logique d’échange et de dialogue culturel avec la France. En 2014, nous avions organisé une saison culturelle marocaine dans l’hexagone pour faire connaître l’art et le patrimoine marocains aux français ; aujourd’hui nous faisons découvrir un grand artiste français aux marocains.

Comment s’est conclue cette collaboration avec la Fondation César ?

Cette coopération est née tout d’abord d’une rencontre avec Stéphanie Busuttil-Janssen, présidente de la Fondation César, désignée plus tard commissaire de l’exposition. Suite à cette rencontre, les deux fondations ont saisi l’intérêt de présenter une exposition de César au Maroc, un pays qu’il a aimé, et dont il a connu plusieurs artistes et intellectuels. À travers cette exposition, la Fondation César continue à faire rayonner son œuvre dans le monde, et la FNM fait découvrir aux marocains un artiste exceptionnel qui a marqué son époque.

Y aura-t-il d’autres coopérations avec les institutions étrangères ?

Au niveau de la FNM, nous considérons les partenariats avec les institutions internationales comme étant stratégiques dans le cadre de notre mission. C’est pour cela que lors de ces quatre dernières années, nous avons travaillé avec d’importantes institutions, telles que le Musée du Louvre, l’Institut du Monde arabe ou encore le MuCem. Cette semaine, nous avons reçu la visite de Serge Lasvignes, président du Centre George Pompidou et Bernard Blistène, directeur du Musée national d’art moderne de Paris. Nous avons eu une réunion de travail pour définir les termes d’une future coopération entre nos institutions qui mettra en avant la diversité de la création moderne et contemporaine du Maroc et de France. Ces partenariats permettent les échanges de savoir-faire, mais aussi les échanges culturels, à travers l’organisation d’expositions. Au printemps prochain, le MMVI va d’ailleurs accueillir sa prochaine grande exposition internationale : une rétrospective d’Alberto Giacometti, organisée en partenariat avec la Fondation Giacometti basée à Paris. 

n Qu’en est-il de l’exposition organisée par la FNM dans le cadre de la semaine culturelle du Maroc à Abu Dahbi ?

Cette exposition mettant en avant la richesse du patrimoine marocain – qui a été inaugurée par SM le Roi Mohammed VI – est notre première expérience dans le monde arabe. Nous sommes très heureux de son succès et de notre collaboration avec les Emirats Arabes Unis. J’ai profité de ma visite à Abu Dahbi pour rencontrer le Sheikh Nahyan bin Mubarak Al Nahyan, ministre de la culture et de la jeunesse des Emirats Arabes Unis. Nous avons évoqué ensemble la possibilité d’une future coopération entre les musées du Maroc et des Emirats Arabes Unis. 

Est-ce que le monde arabe constitue un bon «client» pour l’art moderne et contemporain marocain ?

Oui, tout à fait. C’est surtout le cas des Emirats Arabes Unis et du Qatar, qui commencent à développer un véritable intérêt pour les artistes contemporains marocains. De nombreux artistes marocains ont aujourd’hui une cote très importante dans ces pays-là. Un bon indicateur de cet engouement est le nombre d’œuvres d’artistes marocains acquises par les musées de ces pays, notamment le Mathaf de Doha, qui compte un grand nombre d’œuvres marocaines dans sa collection.

Où en est le projet de formation des métiers de la muséologie ?

Fin octobre, nous avons signé un partenariat avec l’Université Mohammed V de Rabat afin de mettre en place des cursus de formations diplômantes dans les différents métiers liés à la muséologie. Mais mettre en place ces cursus demande du temps. En attendant de dessiner les contours de ces futures formations, notre objectif est de renforcer les compétences de nos équipes en les accompagnant à travers des formations proposées par nos partenaires internationaux. En novembre, par exemple, une équipe du British Museum a fait le déplacement à Rabat pour animer une formation sur la restauration préventive.

Le MMVI connaît-il un trafic satisfaisant pour la FNM ?

Pour sa première année de démarrage, la fréquentation du MMVI a été d’environ 160 000 personnes, venant du Maroc et de l’étranger. Environ 10% étaient des élèves venus dans le cadre de visites scolaires. Ce chiffre est satisfaisant vu que la culture muséologique n’est pas très développée au Maroc, mais nous avons clairement pour ambition d’attirer plus de visiteurs à l’avenir.