«Finalement, il y a quoi dans le Coran ?»

Vient de paraître aux éditions La boîte à Pandore, le livre «Finalement, il y a quoi dans le Coran ?» signé Rachid Benzine et Ismaël Saidi. Se saisissant de la grande histoire et usant de beaucoup d’humour, l’ouvrage répond à des questionnements communs sur des thématiques pratiques et actuelles.

«Finalement, il y a quoi dans le Coran ?» est un livre d’entretiens délurés, mais non dénués de sens, imaginés par un historien de l’islam et un comédien, metteur en scène. Si la démarche peut paraître osée, voire subversive, le résultat n’en est que rafraîchissant. L’interaction entre Rachid Benzine et Ismaël Saidi apporte cet éclairage historique nécessaire pour contextualiser des faits notoirement connus, mais très largement mal interprétés.

En neuf chapitres, les deux auteurs nous font réfléchir sur le Coran et la société à laquelle il s’adresse, sur ceux qu’il désigne comme mécréants, sur ce qu’il dit des juifs, du voile et des notions aujourd’hui particulièrement galvaudées telles que le halal et le haram. Le livre permet aussi et surtout de déconstruire ce discours prêté au Coran, souvent violent et choquant, en le replaçant dans son contexte, le tout mis en scènes pleines d’humour.

Le mur anthropologique

La thèse de Rachid Benzine est simple. Il n’est pas juste d’analyser le Coran sur la base de nos acquis culturels et nos valeurs actuelles. C’est ce qu’il désigne par le mur anthropologique sur lequel butent nos tentatives de compréhension du discours coranique. En outre, l’historien considère qu’il est tout aussi préjudiciable de lire le Coran en se fiant aveuglément à la sunna et à l’exégèse née deux siècles après la mort du Prophète. En effet, en dehors du texte sacré, tout ce que nous savons sur le Prophète nous a été livré à travers une littérature «tardive» née pendant le califat abbasside. De ce fait, une histoire fantasmée, largement idéalisée, s’est dressée comme une sorte de barrière entre les musulmans et le Livre sacré. A la clé, de courtes téléportations au 7e siècle pour une immersion dans la société mecquoise ou médinoise sont proposées par l’historien à son ami plein d’interrogations candides, mais surtout de certitudes saugrenues. Avec cet éclairage historique, doublé d’un cadrage anthropologique et, somme toute, un peu de logique, il n’est pas difficile en effet de renoncer à ses idées reçues.

Tant de violence ?

Il est aujourd’hui répandu que le discours coranique recèle beaucoup de violence. C’est autant la thèse des non- musulmans touchés par les actes meurtriers, que celles des organisations terroristes qui s’en accommodent pour perpétrer leurs crimes. «Finalement, il y a quoi dans le Coran?» nous incite de ne pas confondre la violence de la parole avec la violence de l’acte. Toujours en replaçant le texte dans son contexte, au sein d’une société tribale, basée sur les alliances et privilégiant la vie des hommes, Rachid Benzine distingue l’invective des sévices, l’injure de l’incitation à la violence. C’est que dans une société où cohabitent plusieurs tribus, la paix, tellement précaire, est négociée en permanence, telle que la seule forme de violence possible est celle du discours. Le Coran, révélé dans cette société, ne pouvait que reprendre ses codes et sa rhétorique.

Se réapproprier le Coran, telle serait l’invitation insufflée par Rachid Benzine et d’Ismaël Saidi, dans «Finalement, il y a quoi dans le Coran?». Dans sa légèreté, le livre enjoint tout un chacun à faire sa propre lecture du Coran, au lieu de s’en remettre aux fatwas et autres arbitrages insanes. Une entreprise bien optimiste que ce livre…