FIFM : une 14e édition tout en émoi

La 14e édition du Festival international du film de Marrakech touche à  sa fin. Au menu, de l’art, de l’émotion et quelques mécontents.

Nous voici en deuxième et dernier week-end du Festival international du film de Marrakech. Le jury s’est retiré pour arrêter son choix sur le lauréat de la 14e édition du festival dans un débat que Mélanie Laurent espère  houleux. «Choisir c’est forcément renoncer», disait d’ailleurs la présidente du jury Isabelle Huppert. Une tâche à laquelle s’attelle avec enthousiasme l’acteur et réalisateur britannique Alan Rickman dont le critère de choix se résume à un mot unique: «Script!»… évidemment. En attendant, difficile de deviner ceux qui auront séduit les membres d’un jury aussi hétérogène.

La compétition s’est achevée sur une romance : Red rose qui ne trahit pas la touche iranienne. Dans son ensemble, la sélection 2014 a été aussi variée qu’intéressante, bien que très peu joyeuse. À croire qu’on ne fait pas de grand cinéma dans la joie ou la comédie…

Solitaire «Nabat»

Le film Nabat s’est particulièrement démarqué par la singularité de son casting: une femme, une louve, un homme grabataire qui s’éteint en milieu du film et trois figurants qui disparaissent pour livrer la bonne vieille dame, et nous avec, à une solitude amère et un silence assourdissant dont la seule issue pour le spectateur est de suivre le moindre geste d’une vieille s’accrochant aux souvenirs comme ultime acte de résistance à la guerre, à la solitude, mais aussi à la mort. Là même réside tout le génie du réalisateur Azerbaïdjanais qui nous maintient en place dans une sorte d’inquiétude latente et d’espérance jusqu’à la fin du film. Nabat est en fait une histoire très singulière quoique plurielle de par les questions qu’elle soulève. D’aucuns lui prédisent un scintillant parcours…

Les moments des émotions

Un festival c’est aussi ses hommages. Et si le festival a tenu à rendre hommage à des stars connues du cinéma international, c’est au public marocain que s’est adressé le leur. Que ce soit sur le tapis rouge, au palais des congrès ou à la place Jamaâ Lafna, nos invités enivrés de tant d’amour ont laissé s’exprimer leurs émotions. Adel Imam a commis quelques pas de danse, en s’enorgueillant de l’accueil que lui a réservé le public marocain. Viggo Mortensen, lui, en a eu la voix tremblante. L’humilité lui collant comme une seconde peau, cet artiste polyglotte, globe-trotter, touche-à-tout, y est allé de la plus belle déclaration d’amour en balbutiant une phrase en darija pour signifier qu’il se sent chez lui au Maroc, où il a fini de tourner le film francais Loin des hommes il y a exactement un an. Jeremy Irons s’est félicité d’être connu dans ce pays où il a déjà tourné à deux reprises à Fès et à Essaouira, tout en se gardant, comme à son habitude, de se laisser corrompre par la satisfaction.

Et des mécontents…

Si le cinéma marocain a été plutôt présent, en compétition ou dans les coups de cœur, les artistes marocains ont été visiblement moins nombreux que d’habitude. Et pour cause. Le Festival de Marrakech est tombé à cheval entre le Festival de Carthage qui s’est achevé le 6 décembre et celui de Dubai qui a débuté le 10. Beaucoup d’artistes ont débarqué en milieu du festival alors que d’autres libéraient leurs chambres. «En même temps, à part regarder des films, je n’ai aucun avantage à rester ici. Il n’y a pas de contact prévu avec les artistes étrangers, ni aucun programme concernant les artistes marocains», commentait un acteur la veille de son départ à Dubaï. Un autre jeune réalisateur s’accroche quant à lui. «Je rêve de convaincre Viggo Mortensen à jouer dans mon prochain long métrage. Mais j’ai besoin d’être introduit par les organisateurs du festival», disait-il irrité.  Bon courage…