Festival Gnaoua et musiques du monde : rendez-vous en transe

Le Festival Gnaoua et musiques du monde revient dans une 19e édition riche en rythmes et en couleurs. Du 12 au 15 mai, de la musique, du débat et de l’art contemporain sont au programme.

C’est une édition bien joyeuse du Festival Gnaoua et musiques du monde que celle organisée du 12 au 15 mai! Avec une brochette d’artistes triés sur le volet, un forum politiquement engagé et des panels de qualité, des expositions d’artistes et des ateliers conçus à l’adresse du grand public, le Festival Gnaoua s’installe plus confortablement dans le panthéon des plus beaux festivals du monde.

Pour la présente édition, des artistes venus d’ailleurs vont fusionner leur jazz, leur blues, leur groove aux sons des tambours et guembris de grands maâllems gnaouis. La scène marocaine contemporaine sera également représentée à Essaouira par les symboles, montants et confirmés, de la «hayha music».

Une édition très américaine

La dix-neuvième édition connaît une forte participation d’artistes américains. Si certaines des éditions précédentes ont pu attirer un Kenny Garett ou un Marcus Miller, la présente est franchement ouverte sur le pays de l’Oncle Sam. Parmi ces artistes, le talentueux Blitz The Ambassador qui ne trouve aucun mal à marier sa soul aux sonorités africaines.

Christian Scott, lui, vient de la New Orléans où il a initié la Stretch Music, une forme musicale qui prend racine dans le jazz. Référence dans le free jazz, le bassiste Jamaaladeen Tacuma s’impose sur la scène américaine avec un album nominé aux Grammy Awards en 1998.

Le Jeff Ballard Trio vient, quant à lui, de Californie. Il puise dans les sons des quatre coins du monde, avec un set de batterie d’Inde, d’Amérique du Sud, de Pakistan et d’Afrique, la caisse claire d’Amérique du Nord et les cymbales de Turquie.

Il a quatre-vingt-dix ans et il est pianiste de renom. Randy Weston, sacré «Docteur de musique» par de nombreuses institutions culturelles et conservatoires de jazz, a toujours puisé dans les racines africaines du jazz.

Quant au natif de Marrakech, Hassan Hakmoun, il nous revient de New York où il se frotte au jazz pour le fusionner avec les sonorités du guembri.

D’autres nationalités sont présentes pour cette dix-neuvième édition. Les Songhoy Blues viennent du Mali répandre la joie, malgré la guerre qui les contraint à quitter leur Tombouctou natal. Jaba vient de la Suisse. Le talentueux multi instrumentaliste, Jaba, aurait à son actif plus de 1000 concerts dans le monde.

Du Sénégal, les douze enfants de la légende Doudoud N’diaye Rose lui rendent hommage. Le trésor humain vivant, comme l’a baptisé l’UNESCO, s’en est allé en août dernier. Il avait donné son premier concert au Maroc au Festival Gnaoua et musiques du monde en 2004.

L’unique band féminin vient d’Espagne. Las Migas sont quatre jeunes musiciennes qui, sur une base purement Flamenca, jouent des sonorités jazz, classiques, bossa et tziganes. Une folle énergie émane d’elles. 

Made in Morocco

Ils sont incontournables lorsque retentit l’appel de la transe. Hoba Hoba Spirit et N3rdistan se produisent dans le cadre du Festival Gnaoua et mettent le feu à la scène pour le plaisir des foules en folie.

Mehdi Nassouli, digne héritier de la tradition gnaoua, est également de la fête. Lui qui sillonne le monde pour défendre sa tagnaouite revient à la source pour embrasser son public à Essaouira. A plus d’une occasion, le jeune musicien a exprimé sa reconnaissance à ce festival qui a sauvé l’art et la culture gnaouis.

Belle surprise du festival, cet hommage rendu le dernier jour à Tayeb Seddiki.  L’homme de théâtre et poète sera remercié et hommagé par ses compagnons de route: Mohamed Derhem Omar Sayed et Nabil Khaldi qui lui témoigneront leur amitié et leur reconnaissance éternelle.

Quant aux rois de la fête, les mâalems gnaouis, on retrouvera les indétrônables Hamid Kasri, Omar Hayat, Abdenbi El Guedari , Hassan Boussou, Ahmed Baqbou, Mohamed Koutou, Mokhtar Guinea, Mustapha Baqbou et bien d’autres gardiens du temple de la tagnaouite. Rappelons que pour la vingtième édition, le Festival Gnaoua espère inscrire le registre gnaoua dans le patrimoine mondial de l’UNESCO. Ce qui ne peut que consolider les deux décennies de dur labeur de ce festival de qualité.

A côté du festival

En marge du festival et de ses mille percussions, le forum s’est attelé depuis son initiation à lancer le débat autour de thématiques sociopolitiques d’actualité. Après deux premières éditions, consacrées à la jeunesse et à la culture, l’Afrique est depuis trois ans la thématique centrale du forum. Cette 5e édition du forum du festival sera consacrée aux mobilités africaines sur le thème : «Diasporas africaines : racines, mobilités, ancrages». Ce sera l’occasion de se pencher sur les apports diasporiques à l’Afrique. Face à une tradition migratoire Sud-Nord connaissant un léger remaniement et l’émergence de nouvelles formes de mobilité et d’un certain cosmopolitisme naissant, le forum portera sur l’intérêt d’instiller davantage de fluidité dans les rapports entre les populations et de reconnaissance de l’altérité.

Dans le prolongement de ses activités impliquant le public, le Festival Gnaoua prévoit plusieurs ateliers ouverts au grand public dont un atelier d’écriture hip hop avec Blitz The Ambassador et Adil Hanine, un atelier guembri avec Hassan Hakmoun et un autre pour le partage d’expérience avec Randy Weston. Les enfants de Doudou N’diay Rose donneront, à leur tour, un atelier de percussions.

Le Festival Gnaoua reçoit cette année l’artiste Hassan Hajjaj qui présente son exposition Colors og Gnaoua. Un travail haut en couleur, décalé et original, mettant en avant des histoires de mâalems exceptionnels.