Fès : les musiques sacrées aux yeux du monde…

Le Festival des musiques sacrées de Fès a clôturé en beauté une 23e édition réussie. Des touristes et des visiteurs, présents à Fès du 12 au 20 mai, nous ont raconté leur festival.

La 23e édition du Festival des musiques sacrées de Fès a tenu ses promesses. Des concerts dans les quatre coins de la ville, payants ou gratuits, gracieux ou populaires, spirituels ou franchement festifs, ont animé dix jours où un soleil caniculaire s’est imposé à la fête. L’on ne pouvait s’en plaindre, surtout lorsqu’on se souvient des tristes pluies de la 22e édition qui ont fait annuler plusieurs spectacles. Solaire était, également, l’assistance qui, d’un rendez-vous à l’autre, rendait hommage à la paix et à la joie de vivre qui règne dans la ville impériale. Parmi les milliers de spectateurs, nous avons interrogé quelques uns, rencontrés fortuitement, au sujet du festival, afin de palper l’impact réel d’un tel événement sur le rayonnement artistique et touristique du Maroc.

Isabelle et Botbol

En attendant son guide pour un petit tour à la médina, Isabelle se renseigna sur les concerts auxquels elle pourrait assister avant de prendre la route pour Casablanca. Malheureusement, son chauffeur devrait arriver avant le concert d’Aziz Sahmaoui et son Cuban Project. La déception d’Isabelle est d’autant plus grande qu’elle n’avait pas vraiment profité du festival.

Venue intervenir lors d’un colloque, cette responsable dans une banque d’investissement internationale ne s’était pas renseignée sur les activités culturelles à Fès. Ce fut par hasard qu’elle découvrit des brochures à son hôtel, où logeaient des équipes de tournage locales, et qu’elle décida de se rendre à Bab El Makina pour le concert Izlan. Elle découvrit un spectacle grandiose avec des noms de femmes qu’elle ignorait évidemment, mais qui soulevaient les foules. Fatima Tabaamrant, Tifyour, Raymond Al Bidaouia, Cherifa, Fatima Zahra Qortobi et «un vieux dont tout le monde connaissait les chansons. Je suppose que c’est l’Aznavour local», disait-elle en évoquant Haim Botbol… «Ce qui est certain, c’est que j’ai envie de revenir à Fès rien que pour le festival cette fois», ajoute-t-elle convaincue.

Younes, à la recherche de la tariqa

Younes est un Fassi résident en France. Dès son arrivée, il a troqué ses jeans-basket contre une tenue marocaine simple et modeste. Car Younes est un Soufi, un vrai, avec une quête spirituelle basée sur la renonciation et l’humilité. Pour lui, le Festival de Fès est un pèlerinage annuel durant lequel il peut jouir de la chaleur familiale en même temps que la fièvre soufie. C’est dans les jardins de Dar Tazi qu’il a donc passé le plus clair de son temps, à s’élever aux rythmes des textes éthérés et à rencontrer des Soufis du monde, dont les Espagnols qui l’accompagnaient dans ses déambulations diurnes. Du programme de la semaine, il a apprécié la Tariqa ouazzania de Mourad El Hachimi, la Tijania de l’ensemble al Anwar, la Aissaouia avec Abdellah Ykoubi, en hommage aux racines meknassies de sa mère, et s’est laissé tenter par la Hadra Zailachia de Jamila Beni’aich.

Victor et Marisol

On le voyait clairement à ses déhanchements maîtrisés à Jnan Sbil. Marisol est une danseuse professionnelle. A côté d’elle, Victor mimait surtout les instrumentaux du Cuban Project d’Aziz Sahmaoui. On saura un peu plus tard que le Chilien est musicien et qu’avec sa compagne espagnole, il était venu à Fès pour le festival. «C’est un peu ce que je fais aussi. L’Afro-latino est très commun chez nous. Mais c’est vrai que j’ai découvert des rythmes nouveaux», disait Victor, pendant que les «Coquelicots» de Sahmaoui «embrassaient le vent».

En Espagnole mélomane, Marisol ne pouvait pas rater Vicente Amigo à Bab El Makina. Le génie du flamenco a donné un beau spectacle qu’il a clôturé par son œuvre maîtresse Poeta, hommage au poète andalous Rafael Alberti, qu’il a joué en compagnie de l’orchestre symphonique dirigé par Aziz El Achhab. Marisol ne pouvait rêver un meilleur cadre pour savourer Vicente, malgré les quelques retardataires indélicats qui brisaient le charme par moments… Les moments découverte du festival se passaient dans la ville pour le couple d’artistes qui s’était visiblement bien amusé aux concerts de Hamid Kasri et Fnayer.

Thérèse et Rabiâa

Thérèse est une Marocaine qui vit au Royaume-Uni avec son mari british. Cela fait cinq ans qu’elle réserve son full pass pour le festival. Entre deux siestes sur le gazon vert paradis de Jnan Sbil, elle se lève pour accompagner son octogénaire dans quelques pas de danse légers, mais éreintants. «Hier, il ne s’est pas arrêté durant le concert des Violons Barbares et le voilà aujourd’hui danser sur du gnaoua», rit-elle. Elle sait que James dormira comme un bébé, pendant qu’elle et Rabiâa, son amie casablancaise de toujours, iront au concert de Magida Roumi. Dur de leur tomber dessus dans la foule des sept mille spectateurs présents à Bab El Makina. Mais qui pourrait douter du ravissement offert par la diva libanaise pour la clôture du festival, quand sa voix se noyait dans celles de ses fans transis ?