Fès fête avec éclat «12 siècles de la vie d’un Royaume»

Fès a 1200 ans d’à¢ge. Doyenne des villes impériales, premier lieu de rencontre entre l’amazighité et l’arabité, carrefour des cultures et des religions, elle occupe une place particulière dans le cÅ“ur des Marocains. Un bel hommage lui sera rendu, pendant une année, dans plusieurs villes,
grà¢ce à  l’association «1200e Anniversaire de la fondation de la ville de Fès».

En ce soir du samedi 5 avril, la ville de Fès, parée de ses plus beaux atours, est en ébullition. On le serait à moins, tant la circonstance est particulière. Il s’agit en effet du prélude d’une suite ininterrompue de célébrations de «Douze siècles de la vie d’un royaume», célébrations qui se dérouleront tout au long de l’année 2008. Mille deux cents printemps, c’est justement l’âge qu’arbore fièrement la vénérable cité. Cet anniversaire vaut une fête. Elle sera digne du rang de la capitale mérinide.

En effet, le spectacle «Le Carré harmonique», tissé par Ahmed Aydoun, Lahcen Zinoun, Mohamed Abderrahmane Tazi et Ahmed Taïeb El Alj, est une fresque époustouflante. Copieux (200 artistes), éclectique (malhoun, tarab al-ala, gharnati, musique judéo-marocaine, samaâ, rways, ahidous, ahwach, guedra, protest song, hip-hop…) et édifiant (reconstitution en son et lumière de l’histoire du Maroc), cet hymne à la gloire de notre pays a envoûté les milliers d’heureux qui ont déferlé sur la place Bab Boujloud.

Fès a tout lieu de s’énorgueillir de nous avoir apprêté un avant-goût de réjouissances futures, mitonnées en plusieurs villes, dont elle sera l’hôte principal, pour avoir été fondée en 808 par Moulay Idriss II. C’est sans doute en raison de sa préséance historique qu’elle incarne les vertus d’une nation, qu’elle a forgées d’abord, avant d’en pétrir le reste du Royaume. Tous les murs, murailles, remparts, rues et venelles de Fès Al Bali irradient, pour l’avoir captée, cette valeur devenue rare appelée tolérance. Les artistes et les écrivains occidentaux en sont saisis et, dans le sillage des frères Tharaud, auteurs de Fès ou les Bourgeois de l’Islam (Plon, 1933), se délectent des senteurs fraternelles exhalées par cette cité impériale.

Océan de rêve, de fascination, de cosmopolitisme et d’authenticité, Fès découvre son intime dans la vieille ville. C’est là que réside sa quintessence. Dans ces ruelles où l’on éprouve la sensation de remonter le temps pour s’amarer à des siècles révolus. Il faut sciemment s’y perdre pour mieux retrouver le temps perdu. Il faut monter, descendre, tomber nez à nez avec une impasse, s’engouffrer dans des traverses obscures. Il y a des caravansérails magnifiques, témoins pétrifiés de la vocation mercantile de l’ancienne capitale mérinide. Il y a 350 palais somptueux cruellement désertés. Il y a la fameuse mosquée Karaouiyyine, dont Léon l’Africain a fait une description aussi minutieuse qu’éblouie.

La mosquée Karaouiyyine est, plus qu’un lieu de culte, un symbole de la spiritualité que transpire la ville. C’est à la générosité d’une immigrée de Kairaouan, Fatima Al Fihri, qu’on doit la construction, en 859, de cet édifice voué à l’immortalité. Dotée de quinze portes monumentales grâce à l’Almoravide Ali Ben Youssef, cette mosquée spacieuse (sa salle de prière peut contenir 20 000 fidèles) était aussi un temple du savoir, vers lequel accouraient les gens assoiffés de nourritures spirituelles. Aussi bien du Maghreb, de l’Orient que de l’Occident. Y a-t-il meilleure preuve de tolérance que de voir réunis en un même lieu le musulman Ibn Khaldoun, dispensant ses lumières, le juif Maïmonide, professant sa philosophie et le futur pape Sylvestre II, s’initiant aux mystères des chiffres arabes?

La fondation de Fès, en 808, acte de naissance de la nation marocaine
Fès vouait un culte à la connaissance. La myriade de médersas disséminées à travers Fès Al Bali en est l’illustration. Ces maisons de vie religieuse communautaires se composaient d’une cour avec bassin, d’un oratoire, de chambres et de salles de cours. Hormis ces aspects communs, chacune avait sa spécificité architecturale.

Celles qui furent l’œuvre des Mérinides se caractérisaient par le luxe de leur décor, sceau de l’art de cette dynastie. La médersa El Attarine se distingue par sa gracieuse porte de bronze ciselé, les sculptures subtiles de son auvent de cèdre, son bassin de marbre. La médersa Bouânania séduit par sa cour dallée d’onyx et intrigue par son horloge à eau remontant au XIIe siècle. De ces joyaux, il n’en subsiste qu’une dizaine qui, malgré quelques rides disgracieuses, ne manquent pas d’éclat.

Il serait fastidieux d’énumérer toutes les richesses que renferme la cité fassie. Ce qu’il convient de souligner, c’est son attrait pour les choses de l’esprit, son sens de la beauté et son respect de l’autre. Autant de qualités qui en font un modèle pour les autres villes du Royaume, et qui méritaient d’être mises en lumière.

Ce sera chose faite grâce à l’initiative de l’Association «1200e Anniversaire de la fondation de la ville de Fès». Et comme la capitale spirituelle a été depuis sa naissance un creuset d’ethnies, de cultures, de langues et de confessions, et qu’elle a toujours cultivé la diversité marocaine, cet anniversaire sera étendu à tout le Maroc, sous le titre «12 siècles de la vie d’un Royaume».

«Célébrer de manière collective mémoire et histoire… Partager une vision de l’histoire dans toute sa diversité culturelle… Inscrire de manière inclusive l’événement dans une perspective marocaine avec toutes ses composantes culturelles, religieuses, ethniques et linguistiques… Associer le plus largement possible les pays amis à la célébration», telle sont les missions que s’est assignées l’association. Gageons qu’elle sera aboutie.

En a auguré la réussite exceptionnelle de cette soirée inaugurale, où la modernité faisait bon ménage avec la tradition, la technologie sophistiquée avec le savoir-faire ancestral, où des voix diverses s’entremêlaient harmonieusement et où pauvres et riches communiaient dans la même liesse. A l’image d’un Maroc fier de son passé et porté vers l’avenir.