Farid Bensaïd : «L’objectif est de former dans un premier temps 200 enfants à  Rabat et Casablanca»

Du 7 au 13 janvier prochain, la Fondation Ténor donnera des concerts du Nouvel An assez particuliers.

Quels répertoires allons-nous écouter lors des concerts du Nouvel An ?

​​Traditionnellement, l’Orchestre philharmonique du Maroc jouait des airs de Valses et de Polkas pour les concerts du Nouvel An «à la manière de Vienne». Depuis quelques années, nous avions opté pour des concerts à thème, mettant en valeur le répertoire d’un pays ou d’un continent. Nous avons ainsi produit des concerts espagnols en janvier 2010 (Aranjuez), des concerts américains en 2012 (Leonard Bernstein). Cette année, les concerts du Nouvel An sont particuliers car ce n’est pas l’OPM qui va se produire mais une formation inédite, constituée exclusivement de musiciens algériens, marocains et tunisiens: l’Orchestre Philharmonique du Maghreb.
Pour cette première édition, nous avons choisi un programme musical enlevé, avec des œuvres emblématiques du répertoire classique, tels que la 5e Symphonie de Beethoven, ou le 2e Concerto pour piano de Rachmaninov. Nous y avons ajouté des extraits d’opéra, notamment les Noces de Figaro de Mozart. Les concerts lyriques sont assez rares au Maroc et pourtant très prisés des mélomanes.

Présentez-nous ce nouvel Orchestre philharmonique du Maghreb…

Cette nouvelle formation que nous créons de toutes pièces sera exclusivement constituée d’instrumentistes professionnels algériens, tunisiens et marocains. Ce nouvel ensemble a pour vocation de donner des concerts dans les pays du Maghreb et à travers le monde, pour faire rayonner les valeurs de partage et de fraternité entre les peuples. Il se produira, je l’espère, au moins lors d’une tournée une fois par an. En ces temps bouleversés, il y a quelque chose d’exaltant d’être au début d’une histoire telle que celle-là.
Pour marquer cette grande première, nous avons aussi fait appel à trois protagonistes maghrébins dont le talent est reconnu bien au-delà de leur pays. L’orchestre sera dirigé cette année par le grand chef franco-tunisien Fayçal Karoui. Pour cette première série de concerts, la soprano algérienne Amel Brahim-Djelloul et la pianiste marocaine Dina Bensaïd, toutes deux diplômées du prestigieux Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, se joindront à cette initiative originale en tant que solistes.

Parlez-nous à présent des retransmissions d’opéras que vous faites en collaboration avec le cinéma Rif de Casablanca. L’opéra attire-t-il le public marocain ?  

Nous sommes partenaires du cinéma Rif qui retransmet les spectacles du Met en direct (l’Opéra de New York), mais également les ballets du Bolshoï (en Russie). Des initiatives de ce genre sont louables. Il y a au Maroc de plus en plus de mélomanes qui s’intéressent à ce genre musical. Nous produisons nous-mêmes un opéra chaque année au mois d’avril (ce sera Rigoletto de Verdi cette année) et plus de 7 000 spectateurs y assistent. L’opéra est un formidable spectacle, et un bon moyen d’attirer le public vers la Grande Musique.

Des nouvelles du projet Mazaya, qui permet à des enfants défavorisés de suivre une formation musicale… ?

Le projet Mazaya répond à deux objectifs majeurs de l’INDH : la lutte contre l’exclusion sociale en milieu urbain et la lutte contre la précarité. En effet, offrir à ces jeunes, en situation de grande précarité, le métier de musicien professionnel à travers une formation professionnalisante, leur permettra tout d’abord de sortir de la misère. De plus, une formation scolaire élémentaire de base leur est fournie directement par notre fondation. Avoir un métier qui comporte de véritables débouchés redonnera un véritable statut social à ces jeunes et leur apportera ainsi la fierté d’appartenir à notre société. C’est notre modeste contribution à cet effort national, à travers  notre savoir-faire, la musique, pour sauver  ces enfants. Les 40 enfants de la classe pilote Mazaya ont entamé leur 3e année scolaire. Ils font d’énormes progrès, aussi bien en musique (ils ont 4 heures de musique par jour), que dans les disciplines élémentaires (langues, mathématiques). Ils ont tous compris que la musique est aujourd’hui leur bouée de sauvetage et ils s’y accrochent ! Ils ont d’ailleurs eu l’occasion de montrer leur talent à de multiples reprises, puisque, l’an dernier, ils ont donné plus de 4 concerts, à Casablanca et Rabat, devant plus de 6 500 spectateurs au total ! Nous devons trouver un moyen d’augmenter le nombre d’enfants bénéficiaires de ce programme, afin de constituer un réel orchestre de jeunes. Notre objectif est de former dans un 1er temps 200 enfants à Rabat et Casablanca, ce qui permettra à notre projet de rayonner aussi bien au Maroc qu’à l’international. Vous n’imaginez pas l’enthousiasme des personnes et des institutions à qui l’on présente ce projet en France ou en Angleterre.