Fadoul, le James Brown marocain, ressuscité par Habibi funk

Jannis Stürtz, cofondateur du label Jakarta Records, mène depuis 2015 le projet «Habibi Funk» dédié à ses mixes de musique arabe des années 70. Invité à Jazzablanca, le Dj allemand nous a parlé de Fadoul, alias le James Brown marocain, dont il a exhumé l’album «Zmane Saib».

Pourquoi ce projet «Habibi funk» ?

J’aime beaucoup de genres de musique, dont la musique arabe. Mais j’ai choisi de me pencher sur la musique arabe parce qu’il y a un gap impressionnant entre sa richesse et sa notoriété. Très peu de gens connaissent vraiment la musique arabe, si ce n’est à travers les clichés orientalistes. Du coup, on pense à tort que tout reste à faire, alors que ça a déjà été fait. J’ai donc pensé à partager des morceaux arabes des années 70 qui restent agréables et frais, même aujourd’hui. D’ailleurs, je ne cherche absolument pas à changer les morceaux que je trouve, je ne fais que les réarranger et les présenter au public.

Comment avez-vous découvert Fadoul ?

En plus de Habibi funk, je suis associé à Jakarta records qui produit plusieurs musiciens, dont un chanteur américano-ghanéen Blitz the Ambassador qui a joué à Mawazine il y a quelques années. J’étais venu avec lui et je suis resté quatre ou cinq jours de plus. Et pendant ces jours off, je suis parti à la recherche de vinyles. Je n’avais rien de spécifique en tête, je voulais juste découvrir de la vieille musique, un peu tombée dans l’oubli aujourd’hui et méconnue par notre génération. Et c’est comme ça que j’ai découvert les Golden hands et Fadoul. J’avais trouvé ça très bon. Après, j’ai voyagé dans d’autres pays arabes et partagé des mix que j’ai faits et c’est ainsi qu’a démarré le projet Habibi funk sur la musique arabe.

Le public marocain reconnaît-il ces musiciens ?

Les Golden hands sont tout de même un peu connus. Lorsque j’en parle, on les reconnaît. Je crois que Fadoul, même dans les années 70, était trop underground. Je ne rencontre pas beaucoup de gens qui le connaissent. Certainement parce qu’il n’a pas joué beaucoup de concerts et que sa mort a enterré son travail. Mais cela a été presque une motivation supplémentaire pour moi.

Etait-ce aisé de trouver de la matière concernant Fadoul ?

Je pense que Fadoul est un cas à part, car ça m’a pris beaucoup de temps pour retrouver des informations sur lui. Je suis venu peut-être quinze ou vingt fois pour retrouver ses enregistrements et les traces de sa famille. Même pour trouver une photo de lui à mettre sur l’album, ce n’était pas évident, ce qui n’est pas le cas d’autres artistes de la même époque au Soudan ou au Liban. J’ai ma petite théorie là-dessus : dans les années 1970 au Maroc, une famille n’appréciait pas qu’un de ses jeunes membres se dédie au rock ou au funk, ou alors ignorait tout de lui. Du coup elle ne gardait rien de sa «lubie».

Est-ce plus facile de trouver des enregistrements ailleurs ?

Pas forcément. Au Maroc, il existait de petits labels. Même des chanteurs très peu connus comme Fadoul et d’autres pouvaient enregistrer leur musique et avoir des vinyles. Au Soudan, il n’y avait que trois labels et aucun des musiciens que j’apprécie n’avaient pu y enregistrer. Je ne dispose que d’enregistrements diffusés à la radio qui était la seule à leur permettre de passer. Au Liban, j’ai traqué un groupe qui avait, en tout et pour tout, une cassette sortie en cinquante exemplaires, autant dire rien du tout. Mais c’est le but de Habibi funk que de dénicher des morceaux oubliés, mais qui restent bons à écouter.