Etienne Cail et Olivier Masmonteil, deux plasticiens à la rencontre du Maroc

Après une résidence de plus de deux mois à Rabat, les deux artistes Etienne Cail et Olivier Masmonteil présentent leurs œuvres inspirées du Maroc, lors de trois grandes expositions.

Quoi de plus stimulant pour un artiste peintre que de rencontrer un paysage nouveau, aux tons vifs et aux couleurs franches ? C’est cela même qui a amené les artistes français Etienne Cail et Olivier Masmonteil à accepter l’invitation des deux mécènes Olivia Brunie et Geoffrey Chapuis à Rabat. «Je connaissais déjà le Maroc à travers l’œuvre des grands orientalistes que j’apprécie particulièrement, à savoir Matis, Majorelle et Jérôme. J’avais également séjourné à Oualidia et au sud du Maroc, vers la vallée du Drâa. J’avais donc une idée sur cette lumière que j’ai travaillé à capturer dans mes toiles», explique Olivier Masmonteil.

Histoire d’une rencontre

Etienne Cail, lui, a interrompu son expérience chinoise qu’il mène depuis 2012, en détournant les grands classiques picturaux occidentaux. Il a troqué ses personnages asiatiques aux traits durs, contre des aspects davantage arrondis et des postures orientalisantes prononcées.

Le fruit de cette résidence sera dévoilé aux passionnés d’art lors de trois grandes expositions à Tanger à la mi-août, à Rabat à la mi-septembre et à Tanger en fin septembre.

Pendant une dizaine d’années, Olivier Masmonteil s’est exclusivement consacré au genre du paysage. Une unité thématique qui n’a pas empêché l’artiste d’en diversifier le traitement et la perspective. Aidé de son amour du voyage, il se nourrit de l’infinité des paysages qui s’offrent à lui lors du tour du monde qu’il réalise entre 2008 et 2009. Il en résulte une œuvre d’une richesse impressionnante : mille petits tableaux de formats identiques qui composent la série, quelle que soit la minute du jour, et qui rendent hommage à sa traversée du monde.

En 2012, son deuxième tour du monde l’emmène vers l’Asie (Inde, Thaïlande, Vietnam) et vers l’Amérique du Sud (Chili, Brésil). C’est à partir de là qu’il s’ouvre également à d’autres genres de peinture.

«Je me suis toujours imprégné du voyage. Quand j’ai reçu l’invitation de résider à Rabat, j’ai immédiatement accepté, surtout que je sortais d’une collection assez sombre. Ce voyage était une migration vers la couleur», explique Olivier Masmonteil. Mais cette résidence était également pour lui l’occasion d’entrer de plain-pied dans l’antre de l’art marocain.

Sa découverte du Musée Mohammed VI lui a  permis de mesurer l’importance de certains artistes marocains ainsi que l’histoire de l’art contemporain et moderne, encore peu connue dans le monde.

Une rencontre qui a également influencé ses coups de pinceaux.

«J’ai réalisé dix-sept toiles lors de cette résidence, mais je crois bien que je reviendrai puisque je suis tombé amoureux de ce beau pays», dit-il.

Son travail rend en effet hommage aux orientalistes marocanistes, à travers les postures lascives, dans des intérieurs chargés aux ambiances feutrées. Le tout en misant sur des techniques modernes où se mêlent les influences cumulées lors d’anciennes escapades.

Des postures marocaines

Jeune prodige de la peinture française, Etienne Cail est de ces artistes qui se sont très vite démarqués par leur touche originale. Il n’a que vingt ans lors de son premier voyage en Chine en 2011. Il découvre l’œuvre du peintre Shi Xinning, figure subversive centrale de la scène artistique chinoise contemporaine, et sa perspective artistique en est complètement chamboulée.  En effet, l’artiste chinois s’est fait connaître pour insérer la figure de Mao Zedong dans des rencontres historiques improbables.  Ce qui inspire à Etienne Cail sa grande idée farfelue de détourner les grands classiques de la peinture occidentale et de brider à volonté les regards langoureux sur les visages idylliques de l’art classique. Le résultat est subversif, sarcastique, désacralisant et tout le monde y passe : Delacroix, Manet, Rigaud…

Lors de sa résidence marocaine, Etienne Cail a accédé à la perspective orientaliste, que bon nombre d’artistes peintres ont connu avant lui.

Loin de verser dans le mimétisme, l’artiste a repris les thèmes classiques tels que les paysages naturels, les portraits royaux et les scènes de hammams, mais avec une technique vive très contemporaine et toujours en noir et blanc, ce qui aurait fait sauter au plafond tous ses bons aïeux qui ne juraient que par la couleur du Royaume enchanté.