Etats généraux de la culture : mise sur orbite réussie pour la société civile

Après plus de deux années de labeur, l’association Racines pour le développement culturel a enfin pu tenir ses états généraux de la culture, le 12 novembre dernier à  la Bibliothèque nationale du Royaume.
Une studieuse journée pour inventorier, analyser, débattre et jeter les bases d’une véritable politique culturelle pour notre pays.

Le projet a été évoqué dès la création, en septembre 2010, de l’association Racines. A l’époque, les fondateurs parlaient surtout des problèmes de la culture au Maroc : état peu impliqué, centres culturels désertés, bibliothèques faméliques, industrie créative sous perfusion, artistes dépouillés de leurs droits d’auteur, formations aux métiers de la culture quasi inexistantes… On pouvait – et on peut toujours – continuer comme ça pendant des heures. Mais pour Aadel Essaâdani et ses coéquipiers, il n’a jamais été question de ruminer des reproches, de ressasser des évidences jusqu’à la dépression nerveuse. Et encore moins de tirer des plans sur la comète. Alors ils se sont mis au travail.

«Définissons l’existant», a lancé le président de l’association. Dix-huit disciplines artistiques et culturelles ont alors été passées au peigne fin, de l’édition au patrimoine en passant par le théâtre, la danse, les musiques traditionnelles et actuelles, les arts du cirque et de la rue, ou encore la gastronomie. Le résultat de cet inventaire scrupuleux est librement consultable, depuis le 12 novembre, sur le site www.artmap.ma. Cette base de données cartographiée recense plus de 4 000 lieux et institutions culturels à travers les seize régions du territoire. Objectif : «Mettre à disposition des décideurs, des artistes, des acteurs culturels, des chercheurs et du grand public des données chiffrées concernant les structures de création, de diffusion et de formation existantes», peut-on lire sur le site de cet outil extrêmement utile. «Bien que réalisé par des professionnels de chaque discipline, cet inventaire ne pouvait être exhaustif. Il est une première contribution, faite comme une invitation au partage des informations entre décideurs, professionnels et publics. L’outil appartient, désormais, à tous pour se l’approprier, l’utiliser pour l’intérêt des professionnels et du public», clament les initiateurs.

Politique culturelle : année zéro

Dorénavant, on ne pourra plus arguer à tout-va de «l’inexistence» de lieux de culture ou de l’absence d’informations sur ces endroits: les voici, aisément repérables, sous nos yeux. Mais remplissent-ils leur rôle pour autant ? Huit analyses pointues répondent à cette question, entre autres problématiques, telles que la diversité culturelle, l’éducation et la formation, la gouvernance, le financement de la culture, le statut de l’artiste et les droits d’auteur. Également présentées durant ces états généraux, ces études ambitionnent de prouver que «la culture est transversale et incontournable pour toute politique de développement». Qu’elle ne saurait se résumer à un foisonnement éphémère de festivals, qu’elle doit imprégner la vie quotidienne des Marocains, investir pleinement la société.

Des travaux qui ont été exposés aux différents participants : institutions publiques, artistes, acteurs culturels, ONG, médias… Les quelque 250 participants sont désormais dûment sensibilisés au potentiel considérable de la culture comme facteur de développement humain, de cohésion sociale et d’essor économique. Tous ont participé d’une façon ou d’une autre à l’élaboration de propositions de politique culturelle que l’association adressera aux concernés, à commencer par les ministères de la culture, de l’éducation, des finances, du tourisme, de l’industrie mais aussi les collectivités.
Les autorités publiques nationales et locales saisiront-elles cette opportunité de développement que leur tend la société civile ? Feront-elles encore la sourde oreille? L’avenir nous le dira.