Et l’Afrique danse à Marrakech…

La ville ocre se prépare à recevoir «La Biennale de la danse en Afrique» durant le festival «On marche». L’événement va réunir une centaine de professionnels autour d’une programmation qui le hissera au rang des manifestations prestigieuses dans le monde.

Si Marrakech n’est malheureusement plus capitale africaine de la culture, les danseurs et chorégraphes du continent y maintiennent leur rendez-vous, du 20 au 28 mars, pour «La Biennale de la danse en Afrique». Principale plateforme de découverte de la création chorégraphique du continent noir, cette Biennale est la scène de la nouveauté et de la créativité. En effet, si les scènes occidentales (Europe et Amérique) ou orientales (Asie) sont les pionnières de la danse contemporaine et, disons-le d’emblée, devançant l’Afrique de quelques longueurs, elles semblent arriver à saturation, de par la profusion de la création et de l’abondance des professionnels et des moyens déployés.

En Afrique, le plus gros de la créativité en matière de danse reste à explorer. Devant la rareté des opportunités, les idées se bousculent, les nouveaux projets bataillent pour sortir au grand jour et les nouveaux talents doivent s’armer de patience pour percer. En attendant, ça travaille en continu…

La Biennale de la danse en Afrique reste pour l’instant l’écrin de choix pour présenter des projets confirmés et pour permettre la rencontre et l’échange entre des professionnels du monde entier, autour de ce nouveau souffle de créativité injecté par la scène africaine. Marrakech aura donc la chance d’avoir un aperçu concentré de cette abondante créativité, durant la quinzième édition du festival «On marche».

Un renouveau de la danse

Si vous n’avez jamais entendu parler de «La Biennale de la danse en Afrique», c’est probablement parce qu’elle est la version revue et remodelée de la Triennale «Danse l’Afrique danse !», qui, elle, existe depuis 1997 et passe pour être l’une des manifestations panafricaines emblématiques sur le continent. Itinérante sur tout le continent noir, la dernière édition en date de la Triennale s’est tenue à Ouagadougou en novembre 2016, portée par le Centre de Danse et de la Chorégraphique «La Termitière» et l’école EDIT. Pendant une semaine, 42 spectacles de danse présentés par des compagnies venues de 13 pays africains, ont rythmé le quotidien du public majoritairement local.

En migrant vers une Biennale, l’événement opère des transformations aussi bien sur la programmation que sur l’orientation artistique. Avec un comité artistique fait de professionnels reconnus, physiquement impliqués dans la scène africaine, et sincèrement désireux de développer la danse contemporaine en Afrique, la Biennale affiche un franc désir d’émancipation et prend son envol en se séparant de la coproduction française, tout en gardant un partenariat «facilitateur» avec L’Institut français. Sur la liste des personnalités conviées à redresser et à reconceptualiser l’événement, on retrouve les noms très connus du Marocain Taoufiq Izediou, des Congolais Faustin Linyekula et Virginie Dupray, du Tunisien Hafiz Dhaou, du Burkinabais Salia Sanou, du Mozambicain Quito Tembe, du Sénégalais Alioune Diagne, du Sud-Africain Gregory Maqoma et du Nigérian Qudus Onikeku.

On marche à la cité…

C’est la quinzième année qu’On marche à Marrakech. Le festival de danse contemporaine résiste et persiste, malgré l’indifférence des institutions de tutelle et l’absence de statut réglementant la danse contemporaine, qui est souvent ballotée entre le théâtre et les danses du patrimoine populaire. Son directeur, Taoufiq Izeddiou, ne cesse de batailler pour une reconnaissance de la danse contemporaine comme un pilier de l’art au Maroc, d’autant plus que les chorégraphes et danseurs marocains brillent de mille feux à l’étranger, en témoigne le succès de son dernier spectacle «Botero en Orient», né d’une résidence française et actuellement en tournée européenne.

En accueillant La Biennale de danse en Afrique, dont il prend les rênes, Taoufiq Izediou confirme, si besoin est, l’importance de la danse dans l’attirail culturel marocain et met les bouchées doubles pour une édition mémorable. Au programme de la Biennale, des pièces de danse de chorégraphes mondialement reconnus, des cérémonies d’hommage aux pionniers de la danse dans le continent, un focus sur les jeunes noms émergents et des projections de vidéos et de films retraçant l’histoire des danses africaines. En marge, des conférences, des rencontres et des masterclasses, ainsi que des performances dans l’espace public seront données.

En plus de la visibilité qui sera donnée aux chorégraphes et danseurs marocains, l’effervescence que connaîtra Marrakech est à même de démocratiser l’accès à la danse et de professionnaliser le domaine qui patauge dans l’amateurisme pour la majorité des jeunes danseurs marocains. Dans l’attente que les institutions publiques se mobilisent pour appuyer la danse contemporaine comme discipline à part entière, les partenaires privés sont vivement invités à voir de plus près ce foyer de créativité trop longtemps ignoré…