…et à  Fès, les spiritualités s’apprivoisent

Du 6 au 14 juin, à?Fès, a lieu le festival des Musiques sacrées du monde.?Toutes les spiritualités seront représentées, de l’islam à l’hindouisme en passant par le christianisme et le judaïsme, mais aussi la tradition sacrée saami ou la mystique vietnamienne. Aperçu du programme.?

Quatorze ans. La longévité du festival des Musiques sacrées du monde de Fès force l’admiration, tant nous sommes habitués à des manifestations qui font trois petits tours et puis s’en vont. Non seulement Fès tient la route, mais il fait en sorte de se renouveler constamment. Mais dans le respect de la règle qu’il s’est fixée de mettre en vive lumière les musiques sacrées émanant de toutes les spiritualités, sans exclusive.

En cela, il se montre digne de la cité qui l’abrite, où naguère les trois religions monothéistes co-existaient dans une parfaite harmonie, celle qu’ont tant exaltée les frères Tharaud, entre autres écrivains voyageurs conquis par la ville aux mille mosquées.

Le talent de cette rencontre très courue réside indiscutablement dans son refus viscéral du tout-venant et son choix du singulier. Il suffit de parcourir le programme pour s’en convaincre. En effet, cette édition s’ouvre en compagnie de la sublime Jessye Norman, considérée comme la plus grande soprano depuis Lotte Lehman, et se clôt avec l’immense chanteur saoudien, Mohamed Abdou. Deux perles rares, en guise de mise en bouche et de dessert.

La grande soprano Jessye Norman côtoiera le Saoudien Mohamed Abdou
Entre la chrétienne et le musulman, une avalanche d’artistes lumineux. En premier, la Libanaise Ghada Shbeir, dont la voix rare suscite le recueillement. Puis vient Faiz Ali Faiz, un des maîtres du répertoire qawwili éclos dans les climats indiens.

De la Norvège déboulera Mari Boine, avec, dans sa besace, la musique ancestrale du peuple Saami venue du nord de la Scandinavie. Ce qui nous promet une évasion dans des sphères spirituelles encore inconnues. Julien Jalledine Weiss, lui, met en parallèle deux traditions mystiques, celle du soufisme et celle grecque byzantine d’Orient. Un spectacle raffiné au-delà de toute expression. Avec Huong Thanh, on plonge au cœur de la mystique vietnamienne.

Une découverte passionnante. Comme celles des chants sacrés touaregs, sur les pas de l’ensemble des femmes Tartit du Mali, ou les danses traditionnelles de Bali, à la gestuelle extrêmement sophistiquée.

De Bali, île située à l’est de Java, à la Tunisie, il y a plus qu’un pas, qu’il importe cependant de franchir pour s’immerger dans les poésies de Abou Hassan Chadili, Mihriz Ibn Khalaf, Abdelkader Jilani, Ali Azzouz, Mohamed Ben Aïssa, autant de saints vénérés au Maghreb, et dont les textes sont ici illuminés par la voix incomparable du Tunisien Fadhel Jaziri.

Ensuite, cap sur la Belgique pour se laisser bercer par les chants monodiques séfarades, servis magnifiquement par le groupe La Roza Enflorese. Ce n’est là qu’un aperçu des plaisirs envoûtants que nous propose la XIVe édition des Musiques sacrées de Fès.

Le plateau est copieux, avec une foison de morceaux de choix, tels Abdelwahab Doukkali, Majda Roumi ou Ismaêl Lô. Tous ces bonheurs seront à portée de vue.