Erik Truffaz, trompettiste, humaniste

Jazzablanca fait encore parler de lui n Dans le cadre de ses Casa live sessions, le festival invite le célèbre Jazzman Erik Truffaz pour un concert au Megarama mercredi 8 février. Après Beth Hart et Al Di Meola, le trompettiste franco-suisse a enchanté les amoureux du jazz casablancais.

Il paraît que la trompette vous ennuyait !

Au départ oui, quand j’étais adolescent. Ce n’était pas très à la mode et je préférais la guitare électrique. Mais mon père m’y a poussé quand j’avais cinq-six ans. C’est avec lui d’ailleurs que j’ai commencé la musique en jouant de la variété française. Et quand j’ai pensé arrêter la trompette, j’ai découvert Miles Davis qui lui maniait la trompette comme il voulait et la mêlait à la guitare électrique, cela m’a bien plu. Alors j’ai gardé l’instrument. Quand on a travaillé dix ans avec un instrument, c’est plus commode de le garder que de prendre un autre.

Quel rapport entretenez-vous avec la musique folk ?

Pour moi, c’est très important. Je fais beaucoup de collaborations avec du folklore. Dans mon dernier disque, je travaille avec la Malienne Rokia Traoré. J’ai été enregistré en Inde avec des Indiens, improvisé avec des Bulgares. Parce que l’essence de la musique vient de là. Le reste n’est que sophistication de la forme de cette musique, mais le fond, c’est ça.

Et la musique marocaine, vous connaissez ?

Bien sûr, et il y a plein de points communs entre le folklore noir américain et la musique marocaine. J’ai un ami à Essaouira qui joue du guembri et qui chante. Quand je joue avec lui, on dirait du blues. D’ailleurs, je l’ai invité à jouer avec moi au Festival Jazz au Chellah en 2012. La musique marocaine est très riche et les enfants qui jouent dans les rues d’Essaouira, le jour des percussions, sont meilleurs que les musiciens européens qui viennent apprendre les rythmes.

Vous aimez vous accompagner de la voix ?

Je trouve que la voix humanise la musique. C’est le premier instrument qui existe et surtout celui qui touche le plus. Moi, si je pouvais être chanteur, je serais très content. Il y a beaucoup de voix différentes qui me touchent. J’adore la voix de mon ami qui joue du guembri, celle de Peter Gabriel, de Sophie Hunger, Christophe et même des rappeurs comme Oxmo Puccino. Tous ceux avec qui je collabore me touchent et c’est vraiment très large comme gamme de voix.

Les derniers titres sont à portée politique : Le temps de la révolution, Being humain beign. Adressez-vous des messages à travers votre musique ?

Bien sûr. Les gens avec qui je travaille et moi sommes d’obédience humaniste et on aimerait que l’être humain se comporte le mieux possible. Dans l’album le Temps de la révolution, j’avais engagé un chanteur tunisien. J’étais en contact avec la musique arabe et surtout ce qui se passait dans le monde à l’époque. Et au moment même de la révolution tunisienne, j’étais avec lui en Egypte. Quant à mon ressenti, autant je pense que les révolutions sont très importantes, autant les suites m’ont déçu par le passé. Du coup, je me tiendrai bien loin de dire aux gens ce qu’ils doivent faire.

Et, dans votre, dernier album Doni Doni ?

Le titre signifie petit à petit en malien. C’est une suggestion de Rokia Traoré et l’idée m’a plu. Doni Doni parle d’humilité, un grand-père qui dit à son petit-fils de ne pas faire le malin. Et c’est quelque chose que je partage complètement, car plus on avance en âge, plus on s’aperçoit que la fierté démesurée apporte plus de malheur que de bonheur…