"Envie de Maroc" : le caprice de Jamal Belahrach

L’auteur se raconte à  travers le Maroc et la France, ses deux pays. Il livre ses impressions et ses analyses.

Comment se réinventer quand on a pendant longtemps porté une étiquette sur le dos ? Par un changement de cap, certainement ! Jamal Belahrach, directeur général de la filiale marocaine de Manpower, a choisi d’assouvir son Envie de Maroc et d’écrire. Est-ce pour autant que le dirigeant d’entreprise se transforme en écrivain ? Certainement pas. Ce livre est à prendre comme il est, comme l’auteur l’a voulu, c’est-à-dire un simple témoignage.
L’auteur fait partie de ces enfants d’immigrants qui sont arrivés en France sans trop savoir pourquoi. Dans ce livre, qu’il vient de publier aux éditions le Fennec avec le concours du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), il raconte son enfance dans les cités, les clichés, les incompréhensions de l’adolescence et enfin les choix et les engagements d’un homme. «C’est une chance formidable que de puiser l’inspiration de son existence à deux sources nationales, impliquant des us et coutumes, des savoirs et des rêves à condition de ne pas céder aux diktats de l’environnement qui demande de trancher en permanence, sans nuance». C’est un travail d’équilibriste auquel s’est astreint Belahrach pendant toute sa vie. D’abord pour survivre en France dans les cités «…Ce climat très mitterrandien, mêlé de non-représentativité, de délaissement social et de discours victimaire, faisait que nous nous plaignions, nous les banlieusards, de la cage d’escalier jusqu’aux toits de l’immeuble. Je me souviens qu’à l’école, la mauvaise note était forcément due au fait que le prof était raciste. Un raccourci qui vous  éloigne aussitôt de la réussite et vous dispense de l’effort». De retour au Maroc en 1997, comment vivre sans renoncer à cette autre partie de son identité, la part française. D’une rive à une autre, deux vies, deux modes de vie, deux attachements différents. Dans une progression toujours analytique, l’auteur raconte le retour au pays de l’enfance, sa transformation, les inégalités, les améliorations aussi…, et navigue tout autant sur le plan sociétal qu’économique.
Pris au piège du «je», de sa propre énonciation, Belahrach a dû se livrer parfois sans retenue. Son discours s’adresse le plus souvent aux binationaux, qui comme lui ont choisi de retourner au Maroc. L’auteur conseille sans être moralisateur à travers des petites histoires qu’il a vécues. Un livre léger à lire d’une seule traite.

«Envie de Maroc». Editions le Fennec. 148 pages.