Emoi, émoi, émoi…

On se serait cru en 1985. Même décor en carton pâte, même voix faussement enjouée, mêmes commentaires d’où l’on pourrait tirer un livre de perles, mêmes titres pour le jockey et son canasson, mêmes gestes itératifs qui laissent surtout dubitatifs, bref, on aurait dit que le temps s’était figé l’espace de deux heures, à une époque où seule la première chaîne – la défunte TVM que Dieu la préserve du mauvais oeil, aujourd’hui rebaptisée – trustait insolemment notre paysage audiovisuel et nous imposait ses daubes sans vergogne. Et l’on prenait, non à défaut de mieux, mais seulement d’autre chose.

Ainsi, dimanche dernier en fin d’après-midi, le spectateur perdu dans la sphère télévisuelle et atterri sur Al Oula pouvait tomber sur le symbole même des années 80 précitées, le programme qui provoquerait un oedème de Quincke à tout trentenaire normalement constitué, l’inoubliable «Ousboû Al Farass». Passé le premier émoi et le déchirement viscéral entre l’envie irrépressible de zapper (trop de mauvais souvenirs), et celle, encore plus incontrôlable, de regarder, allez juste un peu pas beaucoup histoire- de replonger en enfance, c’est tout naturellement qu’on scotche sur cet univers toujours aussi fascinant quoique abscons du cheval et de son maître, avant d’être submergé par l’émotion (si si !) et enfin secoué par des rires nerveux.

Surtout à l’immortelle annonce du commandant major Zorro «alladi yamtati» Tornado, ponctuée par les incontournables «aïe, aïe, aïe» quand le couple se vautrait sur la barre d’un obstacle, et sans lesquels un commentaire sportif réussi sur Al Oula ne saurait l’être complètement. Et c’est là tout le génie malgré elle de cette chaîne, cette façon de donner le change et l’impression que la mue a été entamée depuis longtemps, mais continuer à servir la même soupe, avec les mêmes ingrédients qu’il y a vingt ans.

Laisser tomber comme des Ovni sur la grille des choses comme «Lost» et «Dr House» (avec les coupes nécessaires dans le cadre d’une censure en règle et pour notre bien à tous) et donner la chance aux nouvelles générations de goûter à des choses aussi stimulantes qu’«Osboû Al Farass». Certes, un intérêt politique de tout premier ordre doit commander à la programmation de ce genre de choses un brin éculées, mais lequel ? En attendant, c’est avec une satisfaction non feinte qu’on a replongé deux décennies en arrière, histoire de mieux apprécier le pluralisme et notre chance actuelle de pouvoir zapper comme on l’entend.

Sinon, pour ceux qui l’auraient ratée, 2M rediffuse le jeudi 7 juin au soir une nouvelle édition du magazine «Grand angle» un peu spéciale, un hommage posthume à l’ex-président de l’IER et du CCDH, Driss Benzekri. Histoire de (re)découvrir comment cet ex-militant de l’extrême gauche, prisonnier politique et opposant au régime, a vécu, à défaut de savoir comment il est mort, un juste travail de mémoire envers un homme admiré et décrié à la fois, et qui a tiré sa révérence le 20 mai dernier.