Droits d’auteur : cette sinistre farce

Billet Par Sana Guessous

Une très jolie (et très cynique) citation s’applique à merveille au Bureau marocain des droits d’auteur et à ses tenanciers: «Comme la croûte des pâtés, les promesses sont faites pour être rompues», raillait, au XVIIe siècle, l’écrivain irlandais Jonathan Swift. Blasphémons : comme la croûte d’une pastilla faisandée, les promesses d’Abdallah Oudrhiri, patron du BMDA, s’effritent et laissent un goût âcre, plein d’amertume aux artistes. Pas qu’à eux, quand on y réfléchit bien : Nous, citoyens, qui désirons voir s’épanouir les arts et émerger une industrie culturelle, ne pouvons que mal digérer les absences, promesses, excuses et esquives de ce bureau, chargé (et jamais contraint) de redistribuer aux créateurs leurs droits, le fruit de leur travail. Leur argent, quoi ! (Je vous épargne les jurons).
Imaginez qu’un matin, votre patron déboule dans l’Open space pour vous asséner, sans sourciller, ceci : «Écoute, Naïma (ou Mounaïm), tu fais du bon boulot, c’est très bien, mais ne compte pas sur moi pour te virer ton salaire à la fin du mois». Vous lui ririez au nez, n’est-ce pas ? Vous lui flanqueriez une chemise (cartonnée, ne nous égarons pas) à la tête, nous sommes d’accord. «Mais enfin, c’est inimaginable !», lui hurleriez-vous en tapant du poing sur la table (pour rester poli et n’amocher personne, ce serait regrettable). Eh bien, figurez-vous que l’impensable pour vous relève, pour les créateurs, de la plus morne, de la plus affligeante routine. «De l’art tu produiras, mais d’argent, jamais tu ne réclameras», semble s’entêter à leur signifier par un lourd et méprisant silence, l’organisme qui, en vertu de la loi, DOIT les protéger et les soutenir.
Rappelons-le, le BMDA existe depuis 1965 et n’a jamais été fichu de communiquer ne serait-ce qu’un semblant de bilan, expliquant d’où vient et où va l’argent qu’il collecte. Ressortons les archives de «La Vie éco» : le patron de cet organisme, Abdallah Oudrhiri, s’est engagé, en novembre dernier, à publier «dans les prochains jours» sur le site web de son établissement les sommes perçues et réparties aux créateurs. Quelques mois plus tard, le site du BMDA n’a pas changé d’un poil : toujours la même mélodie agaçante accompagnant le même bonhomme jovial qui serine la même rengaine sur le piratage, toujours le même article datant de 2006 dans la rubrique «Actualités» et toujours le même vide intersidéral, là où l’on devrait trouver les montants versés par les radios, télés et autres maisons de disque, là où l’on devrait pouvoir consulter les sommes redistribuées aux artistes. Un mutisme qui ne saurait durer plus longtemps : une pétition réclame que les comptes du BMDA soient passés au peigne fin. «Depuis plus de dix ans, ce bureau est géré, nous disent les initiateurs, par les mêmes responsables, ce qui nous amène à demander aujourd’hui un bilan sur les actions menées sur toute cette période, ainsi que sur les résultats obtenus». Pour signer la pétition et exiger l’audit du BMDA, c’est par ici : http://10888.lapetition.be/ En ce qui me concerne, c’est fait. Et vous ?