Driss C. Jaydane : une Parole ouverte à  la cité

Paru en mars dernier aux éditions La Croisée des Chemins, «Parole ouverte» est une ode à  la liberté signée Driss C. Jaydane.
Une liberté qui n’invite pas aux rêveries altruistes mais qui propose un monde autre que celui où la finance est le centre des préoccupations.

C’est un recueil de réflexions à voix haute. Driss Jaydane y insuffle l’espoir que la cité de demain se détache de l’argent comme élément central, pour rendre enfin à l’humain toute son humanité. «Ce serait bien que nous soyons aussi un royaume des idées». Car pour le moment, la vie est asservie à un élément central que la finance a rongé à petit feu. Cet élément est l’essence noble de la vie. Une essence censée représenter l’univers du vivre-ensemble, où l’intérêt de chaque individu croise –en principe– l’intérêt commun du groupe. A partir du constat que dresse Driss Jaydane dans son livre, le rôle des artisans des idées que sont les philosophes est de reprendre les arènes de la cité. Cette agora à ciel ouvert où l’humain a laissé place au matérialisme cruel.

Un langage sagement incendiaire

En première partie de l’essai, il n’est pas étonnant de voir que Driss Jaydane dresse un parallèle entre deux mondes qui ne font qu’un : celui de la finance et celui du “Ça”, exploré par la psychanalyse de Freud. De l’humain, le comportement de l’individu garde sa grande capacité de réflexion, de création, mais aussi de destruction. De l’animal, il a la faculté de ne rien désirer du monde que de servir ses propres intérêts. Lesquels finissent souvent par empiéter sur ceux des autres, en toute légitimité, au nom des chiffres et des nombres qu’il faut grossir financièrement. Plus les finances grossissent, plus on veut les grossir davantage, plus on se donne le droit de détruire l’autre pour se construire. Chassez le réflexe naturel d’en demander toujours plus, il revient au galop sur fond de dégâts fracassants (guerres, licenciements du jour au lendemain, faillites, marginalisation d’une frange de la société sur le compte d’une autre, etc.)

De fil en aiguille, la seconde partie de l’essai de Driss Jaydane revient sur l’action du Mouvement des indignés à l’échelle internationale, pour la repenser dans une dimension plus grande. C’est l’apologie de ceux qui ont précédé un monde qu’ils rêvaient en mieux, en référence à Stéphane Hessel et à son ouvrage Indignez-vous. Pour rejoindre l’idée principale de l’asservissement qui a pris la forme de la finance dans un premier lieu, Driss Jaydane écrit avec conviction que «l’indignation est une part essentielle de notre liberté. Et ainsi, de notre vie intérieure. (…) si l’on aspire à un minimum d’autonomie, s’indigner peut alors s’entendre comme un élan propre de la subjectivité trouvant en lui-même son ressort».

Si s’indigner est une forme pacifiste de la contestation, l’insurrection vient en réaction à l’inaction à laquelle peut se heurter un mouvement protestataire rêvant d’un lendemain meilleur. D’un commun où l’on vit ensemble des différences de chacun, lui permettant d’exister à travers et de s’en enrichir. A partir de là, Driss Jaydane pose la réflexion sur la diversité culturelle puis linguistique. Bien qu’elles ne tiennent pas une large place à travers les pages de l’essai par rapport aux deux premières parties, ces idées viennent étayer la pensée de Driss Jaydane qu’est celle de faire des différences culturelles un réel capital, une valeur sûre en alternative à l’imprévisible et animalière fluctuation de la finance. Parole ouverte est fait d’un langage sagement incendiaire. On ressent chez Driss Jaydane une colère enfouie. Une colère qui a trouvé son alternative dans la force dialectique d’œuvrer pour un lendemain meilleur au niveau des idées. Puisque les idées font et défont le monde, qu’ils l’ont assez défait au fil du temps en misant sur l’intérêt financier. L’essai clôture sur un ton optimiste mais n’a rien de candide. Il déclare le début d’un autre départ qui mérite réellement son nom de Printemps au Maroc et dans le monde arabe. «Une aspiration est née, dont la force et la puissance ne permettent plus de reculer. (…) c’est d’un Printemps de l’âme qu’il s’agit. Cette saison qui commence…».

«Parole ouverte», un essai de Driss C. Jaydane 124 pages – 70 DH Edition La Croisée des Chemins.