Dialy : les hurlements du vagin

La troupe Théà¢tre Aquarium a donné, jeudi 9 mai, une nouvelle représentation de «Dialy» à  la salle Bahnini de Rabat, dans le cadre du sixième Festival Thé-Arts.

Dialy fait partie de ces pièces qui affichent complet autant de fois qu’elles sont jouées. Dialy, c’est beaucoup d’humour intelligent, spontané et de sincères bouffées d’émotion. Simplement dites. Avec les larmes ou le sourire. Avec la chanson aussi, par moments. Sur scène, la pièce est interprétée par trois jeunes comédiennes, Nourya Benbrahim, Amal Benhaddou et Farida Bouazzaoui, qui ont épousé leurs rôles avec un naturel déconcertant.
En tant que femme, on est très fortement interpellé. Des premières règles au rite glauque du sarouel lors de la nuit de noces, en passant par le harcèlement sexuel et le viol, tout est balayé d’un revers de pièce, théâtralement réussie. Ne croyez pas, cela dit, que Dialy exclue le public masculin en s’adressant uniquement aux femmes. La démonstration du machisme absurde qui constitue l’éducation de beaucoup d’hommes y fait l’effet d’un électrochoc. Alors, spontanément, dans un éclat de rire d’étonnement, le mâle spectateur est confronté à certaines de ses convictions stéréotypées les plus profondes, au moment où il s’y attend le moins.

Plus qu’une simple adaptation en darija des Monologues du vagin, la pièce à succès d’Eve Ensler, Dialy est le résultat de sept mois de travail et d’études coordonnées entre médecins, sociologues et membres de la troupe du Théâtre Aquarium. Scénarisée par Saha Sano, mise en scène par Naïma Zitane, Dialy est aussi et surtout le travail de longue haleine de femmes célibataires, divorcées, mariées, mères de famille ou pré-pubères, d’instruction élevée ou analphabètes, venues de tous les horizons et ayant pris part aux séances d’écoute et aux débats pour cerner la relation des femmes avec leurs corps et précisément avec le vagin comme source de vie. Après ces rencontres exclusivement féminines, la gent masculine a été invitée au même débat, dans le cadre d’un dialogue ouvert.

Pour s’affranchir des tabous, Dialy prône l’affranchissement des tabous, une première étape pour soigner les maux d’une société comme la nôtre. La pièce crie haut ce que cette société pense tacitement des femmes, reléguées au rang d’objet, réduites à un vagin. Ce sur quoi elle éduque burlesquement ses filles en futures bonnes femmes : cacher ce corps que l’on ne saurait voir. En avoir honte jusqu’au jour de sa renaissance par le mariage. Noyer l’ignorance de son corps de femme dans le mutisme. Comme s’il s’agissait de quelque chose à conserver en bon état, non pas pour son propre bien-être mais juste pour le conjoint qui saurait mieux s’en servir.
Dialy appelle à se réconcilier avec son corps. A l’aimer assez pour le protéger et le connaître mieux en étant à son écoute. A en dénoncer la profanation.