Des pépites tombées du SIEL

La production littéraire marocaine est au rendez-vous pour ce 20e Salon du livre. Des dizaines d’ouvrages s’offrent au lecteur. Côté roman, voici une petite sélection de nouvelles parutions

Parlez moi d’amour !   De Bahaa Trabelsi
(La croisées des chemins)

Elle nous revient avec un recueil de nouvelles au contenu aussi rouge et noir que sa belle couverture. «Parlez-moi d’Amour !» est un récit d’histoires réelles, ou du moins réalistes, contemporaines, lubriques, impudiques. Flirtant avec le vice et la perversion, la haine et la jalousie, condiments essentiels de la passion dans la nature humaine. Dans les tourmentes des personnages, le spirituel se heurte au charnel, le physique et l’affect s’escriment en permanence, mais l’amour est toujours là, à quelques travers de doigts.
«Je me sens à travers mon corps. C’est une sensation nouvelle. Avant je le traînais. Comme un boulet. Je danse en me collant à ma fenêtre, en m’y heurtant. Mon ventre s’épanouit en mouvements saccadés, mes hanches ondoient. Et j’écoute ébahie la musique de mes sens en éveil. Je ne sais pas combien de temps cela dure. Toujours est-il que quand de nouveau j’ouvre les yeux, l’ouvrier n’est plus. C’est comme cela que j’ai découvert mon pouvoir sur les hommes…».

L’ablation. De Tahar Ben Jelloun
(Gallimard)

Dans son dernier roman, Tahar Ben Jelloun a prêté sa plume à l’histoire d’un ami. Pour traiter son cancer, le personnage de l’ablation a subi une prostatectomie et une curiethérapie, avec quelques désagréments annexes… de taille. Le récit décrit la vie avec la maladie, la solitude et la dépression qui s’imposent compagnes chroniques d’un protagoniste frappé d’impuissance sexuelle. Si la douleur est présente, elle n’est pas constante et l’on peut partager avec le personnage quelques épisodes de la vie après. À l’amour s’opposent des contraintes purement techniques, mais bonnes à briser tout espoir en une histoire presque normale.
«Quelques mois après l’opération, j’ai rencontré une femme dont je suis tombé amoureux assez vite et la question de la sexualité au sens physique du terme s’est rapidement posée comme un problème à résoudre. J’en ai parlé avec le professeur J.F. qui m’a cité le Marquis de Sade : «Le pénis est le chemin le plus court entre deux cœurs.» Comment faire sans pénis?, lui demandai-je. Il ne me répondit pas.

Divan Marocain. De Driss C. Jaydane
(Le Fennec)

Le petit dernier de Driss C. Jaydane est une œuvre de 124 pages. Dans le «Divan marocain», installez-vous bien pour plonger dans un récit poétique qui traîne le lecteur dans les méandres de l’imaginaire et des rêveries du narrateur. Dans un style élégant, la réalité est dépeinte telle qu’elle est : contradictoire. La sordidité cohabite avec la noblesse, la douceur et la violence s’unissent. Poésie et philosophie font du «Divan marocain» une belle lecture, à savourer dans la sérénité de la nuit. «N’ai-je pas quitté ce pays à l’âge de vingt ans, sans rien d’autre que ma peau. Sans autre père qu’une défaite violente… Et qu’une mère… Femme violée… Au foyer… Cela m’a donné ma première pièce de théâtre. C’était il y a longtemps… Il faut vous dire que losqu’on vient au monde dans le quartier où je suis né, lorsqu’on vit dans la fange et dans la violence, il faut vous dire, Messieurs, qu’on est forcément attaché à l’idée de devenir éboueur. Ou égorgeur… Au mieux, percussionniste ou choriste, dans l’Orchestre national».

Le dernier Salto. De Abdellah Baida
(Marsam)

Si vous aimez les romans en spirale, les fines fresques et la grande minutie dans le choix des mots, le dernier Salto offre une lecture entraînante, qui parcourt un vécu riche en souvenirs. Le Salto, qui veut dire saut, est l’expression du geste ultime qui permettrait de se sortir du rêve vers la réalité; le rêve étant une composante essentielle dans le livre de Baida qui dépeint des scènes de vie du protagoniste, focalisant tantôt sur sa psyché, tantôt sur ceux qu’il a croisés sur son chemin. Le récit est émaillé de notes de l’auteur, racontant ses propres expériences et sentiments.
«J’appréciais beaucoup les histoires qui s’achevaient sur une grande déception. Double déception de préférence; celle du personnage que je brisais et réduisais en miettes, mais aussi celle du lecteur. J’aimais amener ce dernier à sympathiser avec ma créature, à souhaiter sa victoire, à chercher même à l’aider, à tenter de lui souffler un mot par-dessus mon épaule. Je pouvais même le laisser faire en lui servant un brin d’espoir…».

Un génial imposteur.  Par Kebir-Mustapha Ammi
(Mercure de France)

Kebir-Mustapha Ammi a l’âme voyageuse. Ses personnages parcourent le monde et trempent leurs destins dans les rivages d’outremer. Shar, héros du dernier livre, est un imposteur né en Algérie. Après avoir séjourné en prison pour divers trafics et rejoint des organisations mercenaires en Amérique et en Asie, il revient à son Algérie natale, avant l’indépendance, pour soutenir tantôt le pays, tantôt l’ennemi. Le fabuleux destin de ce personnage le conduira au gouvernement où, à force d’immoralité et de fourberie, il obtient un poste de responsabilité.
«Il gagna les faveurs de Khadija, la vieille patronne d’un tripot, que l’alcool et les années n’avaient pas épargnée, mais qui aimait à se croire encore belle. Il lui serina d’invraisemblables sornettes et elle voulut croire qu’il lui était dévoué corps et âme. Quand il disparut avec les deux tiers de ses bijoux, Khadija s’affola, pleura et se maudit d’avoir cédé aux avances de ce diable. Elle ne sut à quels saints se vouer pour récupérer ses trésors».