Des nouvelles de Fès

Féérique, malgré quelques déboires météorologiques, le Festival de Fès se clôture en beauté, ce 14 mai, par le concert de la diva marocaine Samira Said.

Même par le temps pluvieux qui s’est imposé aux mélomanes d’ici et d’ailleurs, la ville de Fès a vécu une semaine féérique sur les rythmes du Festival des musiques sacrées. Malgré quelques annulations de concerts sur les places découvertes du festival,  le public a été au rendez-vous pour rencontrer les artistes venus de partout pour cette 22e édition célébrant les femmes fondatrices.

Au premier rang devant la scène de Bab Makina, la Princesse Lalla Salma a pris place près de Cheikha Mozah pour s’imprégner des couleurs et des sons du spectacle d’ouverture Un ciel plein d’étoiles. La création qui rend hommage aux femmes bâtisseuses a emprunté des personnages aux Mille et une nuits, à savoir Sheherazad et sa jeune sœur Douniazad, afin de faire raviver les mythes de femmes immortalisées en constellations. De la poétesse Al Khansa à Fayrouz, et de Sayyida Al Hurra aux cavalières de Mongolie, le voyage a été émaillé par des émissions audio ou par des prestations d’artistes de talent, telles que l’Indienne Parvathy Baul, l’Ethiopienne Zewditou Taddese, la Libanaise Abeer Nehme ou la Marocaine Zainab Afailal.

Une autre création a spécialement captivé le public. Durbar a réuni les musiciens classiques des cours des dynasties rajputs et des palais des nababs moghols, avec les musiciens populaires maîtres de la musique folk indienne. Quinze solistes se sont partagé la scène pour cette création originale. «On n’avait certes qu’une journée de répétitions pour la création de ce spectacle. Mais nous avions au préalable sélectionné des artistes aux sensibilités assez proches qui ne pouvaient que s’entendre», explique Edith Nicol, coordinatrice artistique du festival et productrice de spectacles de musique indienne.

Pays à l’honneur de cette édition, l’Inde a été représentée par une pléiade d’artistes célèbres dans différents genres, ouvrant ainsi une fenêtre sur la richesse culturelle de ce grand pays. La chanteuse Parvathy Baul, dont le chant et la danse rejoignent la tradition soufie, s’est prise de passion pour la musique gnaoua du jeune mâalem Mehdi Nassouli avec qui elle a préparé une fusion hors du commun. Pour ce dernier, «venir a Fès pour participer au Festival des musiques sacrées est une consécration en soi pour un représentant de la culture gnaoua qui fut longtemps méprisée jusqu’à l’avènement du Festival d’Essaouira».

Le public fassi a eu cette chance de découvrir des voix venues de contrées lointaines et inaccessibles. Comme la Mongole Ösökhjargal  avec son chant diphonique, la belle Iranienne Sahar Mohammadi ou la Palestinienne Lamar. Quant aux inconditionnels des nuits soufies, Dar Tazi a accueilli chaque nuit une Tariqa différente pour rendre hommage à toutes les confréries soufies.

Parmi les plus beaux atouts du festival cette année, l’ambiance visuelle embellie par le mapping psychédélique et élégant qui a recouvert les murs du Palais royal pour parfaire des créations artistiques conçues spécialement pour le Festival de Fès. Réalisées parfois à la hâte, les projections rivalisaient de beauté, sous le ciel sombre des nuits du festival.