Dakhla : fans de musique et de glisse bientôt à  la fête

Un festival de dimension internationale plongeant ses racines dans le désert et l’Afrique : les ambitions du festival de Dakhla, dont la 2e édition se déroule du 28 février au 3 mars, se précisent.
Au vu des retombées de la première édition, les organisateurs tablent sur un impact économique et touristique pour la région, qu’ils veulent booster en y associant les sports de glisse.

Qu’est-ce qui réunit la star de la chanson arabe Kadhim Saher, la star internationale du raï Cheb Khaled, le nouveau roi ivoirien du reggae Tijen Jah Fakoly, le collectif du Niger Desert Rebel, et les groupes musicaux populaires marocains Najat Atabou, Tagada et H-Kayn ? La passion de la musique, bien sûr, mais aussi le message de paix, de tolérance, d’ouverture et de partage qu’ils vont scander ensemble pendant quatre jours dans le ciel de la ville de Dakhla à l’occasion du festival de musique de Dakhla.

Entre 18 et 26° toute l’année,
667 km de côtes, des vagues et du vent…
Ce festival – dont la deuxième édition se déroule cette année du 28 février au 3 mars – essaye, par le biais de la culture, de tirer de son engourdissement la ville de Dakhla, pourvue de potentialités climatiques et géographiques fabuleuses. Un climat doux, entre 18 et 26° toute l’année, 667 kilomètres de côtes pour la région Oued Ed-Dahab-Lagouira, une baie splendide de 40 km sertie d’une mer couleur Caraïbes, tranchant sur un désert de sable blanc. Des vagues, aussi, et du vent. Tout ce qu’il faut pour réunir les amoureux de la planche à voile, du windsurf et du kite surf qui viendront s’adonner à leur sport favori à l’occasion de ce festival.

Il eût été impensable, en effet, selon les organisateurs, de ne pas profiter de cette fête de la musique pour montrer aux touristes nationaux et internationaux et aux troupes musicales étrangères invitées la splendeur de cette mer et ses atouts pour la pratique des sports de glisse. «Nous allons réussir à réunir la musique et ces trois sports sur un même lieu, chose unique au monde. A ce jour, seule Hawaï peut le faire. Mais nous, nous apporterons une touche d’originalité puisque nous organiserons une course de dromadaires pour rappeler que nous nous nous trouvons au bord de la mer mais aussi au cœur du désert», revendique José Kamal, patron de l’agence Dakhla Aventure, organisateur délégué de ce festival initié à l’origine par l’Association du festival mer et désert.
Le festival de Dakhla, pour être jeune – à peine plus d’un an puisque la première édition s’est déroulée du 10 au 13 mars 2007 -, n’en a pas moins une histoire. Tout comme le Festival des musiques des cimes d’Imilchil ou celui des musiques du désert de Merzouga, celui de Dakhla ambitionne, à travers cette manifestation, de mettre fin à l’enclavement de la ville, vécu par ses habitants comme une humiliation, relier le sud et le nord du Maroc, et faire de Dahkla une destination touristique à part entière. Les atouts naturels de la ville sont indéniables. Quoi de plus légitime que de les mettre en exergue à travers un festival, et de permettre ainsi à la population, qui compte aujourd’hui quelque 100 000 habitants, de profiter économiquement et touristiquement de la manne que constituent le climat et la géographie de la région. C’est ainsi qu’est née l’Association du festival mer et désert, en octobre 2005, pour donner le coup d’envoi à une dynamique qui se veut pérenne.
Présidée par Mami Boussif, président de la région Oued Eddahab-Lagouira, elle rassembla rapidement autour d’elle les élus de la région, l’Agence du Sud et une dizaine de partenaires tant du secteur public que du privé. L’organisation déléguée a été confiée à Dakhla Aventure, une agence de voyages spécialisée dans l’événementiel, laquelle a fait appel à l’Association EAC-L’boulevard des jeunes musiciens, dirigée par Momo Merhari et son acolyte Hicham Bahou. Tous les ingrédients étaient là pour lancer un festival de musique sous de bons auspices.
Organisateur du festival «L’boulevard des jeunes musiciens», qui en est à sa dixième édition, le duo Momo-Hicham a marqué la première édition du festival de son empreinte. L’objectif était de réunir pour la même cause des artistes locaux, nationaux, mais aussi africains et internationaux (voir encadré). Leur choix d’un plateau conduit par le jazzman américain Randy Weston, l’un des grands pianistes férus d’Afrique du XXe siècle, n’était donc pas fortuit.

La présence à ce festival du collectif Touareg Desert Rebel lui avait donné un cachet particulier en termes de solidarité et de résistance. Si le projet Desert Rebel, écrit le journaliste spécialiste de musique François Bensignor dans la revue Hommes et Migrations (N° 1 264 novembre-décembre 2006), «est d’abord artistique, sa dimension d’échange solidaire y est centrale. Depuis les accords de paix d’Alger qui mirent fin à la rébellion touareg en 1995, Abdallah Oubandougou (le chanteur du groupe) tente de donner espoir à la génération des jeunes Touaregs désœuvrés qui ont grandi en ville. Son mode d’expression étant la musique, c’est à travers elle qu’il essaye de maintenir vivantes la culture et la langue tamashek, victimes de l’acculturation urbaine». «Je chante surtout la vie des nomades, je parle des problèmes qu’ils rencontrent au Niger : manque d’eau, manque d’écoles, manque de médicaments…», explique Oubandougou dans le même article.
Au milieu de ces rythmes plutôt jeunes, sahraouis et africains, certains s’interrogent sur la présence d’un Kadhem Al Saher et d’une Najat Atabou, aux styles tout à fait différents. Certes, le chanteur le plus populaire du monde arabe, par sa voix et ses chansons d’amour aux textes puisés chez le grand poète syrien Nizar Kabbani, a conquis des millions de femmes arabes. A-t-il pour autant sa place parmi ces musiciens africains aux préoccupations et au répertoire radicalement différent, qui chantent la paix et la solidarité? De même pour la diva marocaine Atabou, la plus populaire des chanteuses marocaines. La réponse vient de Mami Boussif, président du festival : «Il est vrai, dit-il, que l’événement est culturel, et nous avons privilégié le rythme africain, mais nous avons voulu aussi satisfaire tous les goûts. Une star de la chanson arabe comme Kadhem Al Saher dans un festival est un produit d’appel pour les investisseurs du Golfe, dont on attend qu’ils viennent découvrir la région». Quant au choix de Najat Atabou, José Kamal se veut également rassurant : «Nous pensons qu’il est justifié car nous voulons réunir en un même lieu, pour la joie de la population de Dakhla, des troupes musicales nationales, régionales, arabes et internationales».

Après la première édition du festival, la RAM a enregistré une hausse de 64% de l’affluence vers la ville
Il faut dire que l’impact économique de la première édition du festival est loin d’avoir été négligeable. En effet, après sa tenue, en mars 2007, l’affluence vers la ville de Dakhla a connu, selon des responsables de la RAM, une augmentation de plus de 64% par rapport à l’année précédente. La compagnie aérienne nationale a été obligée d’ouvrir une nouvelle ligne vers cette ville à partir de Rabat tous les jeudis, et ce le 21 février courant. Le Centre régional d’investissement (CRI) de Dakhla est passé de trois projets touristiques avant ce festival à une dizaine après.
Il faut dire que l’agence Dakhla Aventure a mené depuis 2003 autour de la planche à voile un travail de sensibilisation appréciable auprès des touristes. Elle a produit des milliers d’images vidéo de Dakhla et distribué gratuitement 50 000 DVD à travers l’Europe. «Nous étions à zéro touriste en 2003, nous sommes maintenant à plus de 2500 touristes par an. La moyenne des nuitées (10 jours) dépasse de loin celle de villes comme Fès et Rabat. Normal : les touristes payent et veulent profiter du climat, de la beauté de la mer, du vent et des vagues pour surfer», s’enthousiasme José Kamal.
Ainsi, la culture est aussi utile à l’économie et au développement de la région. Elle n’est plus un luxe, souligne Momo, de l’association L’boulevard, et «elle crée la richesse sonnante et trébuchante, pas uniquement la richesse de l’esprit. L’exemple du Festival d’Essaouira est éloquent. Entre la première et la dixième édition, la ville en a fait du chemin : une explosion d’hôtels, de restaurants, de lieux de loisirs, le festival étant un levier essentiel de ce boom. Il n’y a pas de raison pour ne pas reproduire le même schéma ailleurs, particulièrement à Dakhla». D’ailleurs, les organisateurs peinent à trouver des vols pour transporter les festivaliers, tant l’affluence est grande. Les quelques hôtels de la place ne pouvant contenir tout ce beau monde, c’est dans des bivouacs installés dans la baie de Dakhla, face aux vagues de l’océan, que les visiteurs vont être logés, ainsi que les équipes de journalistes des différents médias.
La transmission sera en effet assurée par RTM Chaîne Inter et la TVM. RFI, partenaire du festival, préparera trois émissions spéciales, et des capsules tous les jours. Même chose pour Radio Nova, partenaire également, qui couvrira les répétitions pour la préparation du concert du 1er mars par les troupes touareg, sahraouie et algérienne. LCI, Canal+, TVE (chaîne espagnole) couvriront également l’événement. Sans parler des images commandées par la BBC : pour satisfaire la demande de la chaîne britannique, une équipe vidéo sera à pied-d’œuvre pour filmer le festival.