Dakhla, chronique d’un festival inachevé

Des affrontements ont eu lieu le soir du vendredi 25. Les concerts ont été annulés par mesure de précaution. Deux soirées au lieu des quatre prévues.

Les organisateurs avaient misé gros sur cette Ve édition du Festival de Dakhla, mer et  désert. Il faut dire que rien ne laissait présager d’une quelconque entrave au bon déroulement du festival mais le destin en a voulu autrement. L’événement prévu du 24 au 27 février a été écourté suite à des actes de vandalisme perpétrés le soir du vendredi 25 février après la tenue du concert de la chanteuse sahraouie Rouicha. Des voitures ont été brulées, des affrontements ont éclaté, la ville s’est scindée en deux. «Le centre-ville est devenu inaccessible, nous n’avons pas pu rejoindre notre hôtel», témoigne un couple de touristes, le samedi 26 février. On a dénombré une centaine de blessés et des dégâts matériels (une agence Banque Populaire et une autre Wafacash saccagées) et, malheureusement, un mort.  
Pourtant les festivités avaient bien commencé. Un temps juste sublime, des températures de rêve, le désert et la mer, Dakhla, sa lagune et ses vagues de diamants…Il faut dire qu’on se laisse facilement emporter par la beauté du site et lorsqu’on y rajoute les somptueuses mélodies hassanies, le rythme du désert et les sonorités africaines, la magie opère sans grand souci. Car la ville de Dakhla est ainsi, c’est une ville qui sait séduire ses hôtes. D’ailleurs,  beaucoup de chanteurs y font l’expérience depuis 5 ans déjà ! C’est à Dakhla l’année dernière, par exemple, que Youssou N’dour a chanté pour la première fois son Dakar-Kingston. Cette année, les organisateurs du festival ont mis la musique hassanie à l’honneur. Le chanteur Selmou était au programme. Il connaît depuis quelques années une ascension spectaculaire en  revendiquant un large spectre d’influences musicales. Si la musique de Selmou et de son frère Doueh séduit autant, c’est parce qu’elle se nourrit du désert et que dans ses transhumances musicale, elle s’ouvre sur de nouveaux instruments, d’autres façons de faire la musique. La vocation d’un festival, c’est aussi d’explorer de nouveaux sentiers  musicaux.

Frustrés, des artistes de renom sont repartis sans pouvoir se reproduire sur scène…

Le festival a reçu également le zoulou blanc, Johnny Clegg, qui n’a pas pu monter sur scène. D’autres voix ont porté le deuil de ces actes de vandalisme, tel le sweet sweet Alpha Blondy programmé en clôture du festival. «Ça me fait si mal, si mal», aurait chanté l’ambassadeur de l’ONU pour la paix en Côte d’Ivoire. Le festival est devenu aussi un lieu de rencontre. Beaucoup d’associations y participent à l’instar de SOS Musique qui organise des ateliers d’initiation à la musique, auxquels Zahra Hindi, Khalid Moukdar ou encore Amazigh Kateb ont déjà participé. Ces ateliers sont animés autour de la thématique «Music Against Ignorance», des rendez-vous pédagogiques destinés exclusivement aux enfants et adolescents. Au menu, ateliers de percussion, de batterie, de chant, de guitare, de vidéo et de journalisme…, cette année le champ a été élargi. Par ailleurs, les sports de glisse ont eu la belle part lors de ce festival. Sur la baie de Dakhla des courses de kitesurf et de windsurf ont été maintenues.