Contre le suicide collectif, la sobriété et la résilience

Dans «Sacrée croissance!», la documentariste française Marie-Monique Robin explore les multiples alternatives à  la croissance économique illimitée, un modèle qui s’essouffle, creuse des gouffres d’inégalité et éreinte la planète.

On reproche souvent à ceux qui critiquent l’ordre établi de brasser de l’air. De beaucoup bavasser, de ne pas agir assez. Marie-Monique Robin refuse d’endosser cette étiquette. La journaliste française, qui s’est faite connaître grâce à un documentaire choc sur Monsanto, le géant de l’agrochimie aux mille et un scandales sanitaires, revient sur Arte avec, cette fois-ci, tout sauf un document de dénonciation.

Diffusé le 4 novembre, Sacrée croissance ! commence par une mosaïque de discours pleins de détermination. Des chefs d’État qui, d’une grosse voix et dans toutes les langues du monde, ne jurent que par la croissance, leur magique mantra pour vaincre le chômage, la précarité, la peur, la morosité. «La croissance est la solution, pas le problème !», ricane George W. Bush, pour clore ce joli tissu d’âneries. Très vite, les boniments sont évacués au profit d’idées plus construites. «La croissance ne s’accompagne plus de progrès social, de développement humain. En revanche, elle s’accompagne de dommages écologiques dramatiques», assène l’économiste Jean Gadrey, avant d’ajouter cette formule marquante : «Celui qui pense qu’une croissance exponentielle infinie est possible dans un monde fini où les ressources se raréfient est soit un fou soit un économiste». «La croissance ne crée plus d’emplois.

Chaque dollar de PIB supplémentaire engendre moins d’emplois qu’avant, à cause du changement technologique et du système de production, qui est globalisé et crée de l’emploi hors des frontières», explique la sociologue Juliet Shor, qui développe aussi la dimension environnementale du problème : «Plus de croissance provoque plus d’émissions de gaz à effet de serre, qui engendrent des coûts humains, sociaux et économiques. Donc, ce que la croissance donne d’une main, elle le reprend de l’autre». Une batterie d’experts se succèdent pour dresser ce constat peu ragoûtant, mais aussi, heureusement, pour proposer autre chose, pour proposer mieux, parler d’initiatives qui essaiment çà et là dans le monde et incarnent les prémices d’une ère post-croissance qui ferait le deuil de la consommation et du productivisme fous.

Un feel-good documentaire  

Des alternatives locales et solidaires que Marie-Monique Robin est allée filmer partout: à Toronto au Canada, à Rosario en Argentine, où poussent des fermes écologiques urbaines, comblant les besoins en fruits, légumes et volaille d’une partie croissante de la population. Des villes qui ne veulent plus dépendre des marchés extérieurs pour se nourrir et qui y arriveront à un horizon pas très lointain. La documentariste est aussi allée sur une île danoise et une vallée népalaise qui ont atteint ou frôlent l’autosuffisance énergétique, dans un ancien bidonville brésilien ou un bourg de Bavière où circulent des monnaies locales pour faire vivre les commerces de proximité et ainsi lutter contre la crise.

Au Bhoutan, dernière étape de ce périple passionnant, on découvre le Bonheur national brut, indice de richesse singulier inventé par ce petit Royaume d’Asie qui a interdit la publicité – si, si -, réglemente strictement l’abattage des arbres, l’exploitation minière, et qui veut se doter d’une agriculture 100% biologique d’ici 2020. «Mon rôle est de dire que la situation est grave, mais il est encore possible d’agir, affirme la documentariste, lauréate du Prix Albert Londres. J’ai choisi des initiatives suffisamment abouties pour qu’on voie la transformation des territoires et des gens. A travers ces histoires positives, j’espère parvenir à convaincre le public qu’il se passe quelque chose qui a du sens et qui peut être inspirant». Un feel-good documentaire plein d’espoir et de belles énergies, à revoir sur Arte le samedi 15 novembre à 10h55. Si vous vous consumez d’impatience, tapez «Sacrée croissance» sur Youtube. Et partagez!