Cinema : Tous en salle !

Du 3 au 7 juin dernier, l’Ecole Mohammadia des Ingénieurs EMI a accueilli la première Semaine cinématographique de Rabat. L’occasion de faire redécouvrir les salles de cinéma de la ville tout en poussant la réflexion pour les protéger mais surtout les rouvrir.

Ce n’est pas pour faire dans la nostalgie mélancolique en s’apitoyant sur un passé plus glorieux que le présent, mais il faut dire que le cinéma a connu des jours bien meilleurs au Maroc. La question n’est pas de revenir en arrière afin de retrouver l’âge d’or des salles de cinéma dans le pays, mais plutôt de dresser le bilan de la situation présente pour proposer des solutions. C’est ce que fait l’association Save cinemas in Morocco (SCIM) depuis 2007. Aujourd’hui, elle s’est associée à EMInence, le club culturel des étudiants de l’École Mohammadia des Ingénieurs, pour créer un espace commun de réflexion. Le maître mot des rencontres
de la Semaine cinématographique est que la culture est un droit, autant que la santé ou l’éducation.

La culture, c’est la littérature, la sculpture, la musique, mais aussi le cinéma, nécessaire vecteur des valeurs universelles. L’argument a été repris par l’actrice et comédienne Latefa Ahrrare lors de la table ronde qui s’est tenue le 5 juin dans le cadre de
cette Semaine cinématographique. Ont pris part à la conférence en plus de l’artiste, l’architecte designer Hicham Lahlou, le président de SCIM, Tarik Mounim, ainsi que le chef du service de la promotion de la production nationale, du cinéma et des droits d’auteur au ministère de la communication, Brahim Gherras. L’objectif en soi n’a pas été de faire l’inventaire des (rares) salles de cinéma encore opérationnelles au Maroc. Le thème a été aussi de se poser des questions sur le futur de ces salles, sur leur capacité à suivre les évolutions technologiques, dont leur passage au numérique qui devait être achevé en 2012 déjà.
50 millions de spectateurs il y a 30 ans

Dans l’imbroglio des hiérarchies administratives qui gèrent le secteur cinématographique au Maroc, un constat est clair : les productions du cinéma national sont en évolution, aussi lente soit-elle. Les festivals se multiplient. A côté, les salles continuent à fermer les unes après les autres lorsqu’elles ne menacent pas ruine. L’association Save cinemas in Morocco a sorti ses chiffres : il y a trente ans, le Maroc comptait 50 millions de spectateurs pour 280 salles de cinéma. En 2013, le chiffre est descendu à 20 millions de spectateurs pour 35 salles. Dès lors, un choix entre deux options s’impose : la première est de cloîtrer le cinéma dans l’accessoire événementiel. Dans ce cas, nul besoin de plus de salles de cinéma puisque les festivals propulseront certaines productions mais tueront d’autres à la racine, celles qui ne perçoivent pas d’aide à la production, par exemple.
La seconde option est de faire du cinéma un véritable levier de développement économique et intellectuel accessible à tous. C’est ce à quoi tend l’Association SCIM en collaboration avec EMInence en encourageant également les cinémas de quartiers. D’ailleurs, un ciné-tour a été prévu en clôture de la Semaine cinématographique. Plus de 37 étudiants ont pu visiter les salles de cinéma fermées de Rabat, avant d’assister à une projection dans une de ces salles.