Chimène Badi : «Ma religion est belle»

La chanteuse franco-algérienne a participé au Concert pour la tolérance pour la seconde fois.

Vous avez déjà participé au Concert pour la tolérance en 2011. Qu’est-ce que cela vous fait d’être ici ce soir ?

Je suis contente, d’abord parce que je me sens chez moi. Cela me rappelle mes racines et ma culture. Je n’étais pas venue depuis longtemps parce que je m’étais arrêtée quelque temps. Et puis  cela nous change, en tant qu’artistes, des émissions que l’on fait d’habitude. Car nous le faisons pour la bonne cause.

Et ce message de tolérance?

Il est très important pour moi. Déjà, dans mon dernier album, je parle des autres et du monde dans lequel nous vivons. Je parle de nos différences et dont la tolérance est salutaire. Car on ne peut que s’enrichir des différences de l’autre.  

Pensez-vous qu’un tel événement puisse influer sur les mentalités en France à l’égard des musulmans ?

Je pense que vu la conjoncture du moment et tout ce qui se passe, il est important de promouvoir une image saine des sociétés musulmanes. Je pense qu’à travers ce genre d’événements, on peut éviter de faire l’amalgame. Et pour moi, étant algérienne, être là a un sens. J’espère que, ce soir, le public ressentira la volonté des artistes de se faire messagers de la tolérance.

Vous sentez-vous inquiète, vu vos origines algériennes, face à cette levée de gêne sur le racisme ?

Je suis inquiète du monde dans lequel on évolue évidemment et je suis inquiète de savoir jusqu’où cela peut aller et comment on va arrêter tout cela. Cela fait peur et aussi mal de savoir qu’il y en a qui se cachent derrière notre religion pour commettre des actes barbares. Cela me met en colère, parce que notre religion est magnifique. C’est l’une des plus belles, sans prétention aucune. Il y a beaucoup de tolérance et c’est ce que j’aimerais faire ressortir.

Vous avez fait un titre qui s’appelle «L’usine» qui est très personnel pour vous…

Oui, c’est pour raconter une époque où ma mère travaillait très très dur pour devenir permanente. Aujourd’hui on parle de CDI. Elle avait bossé jusqu’à s’en rendre malade et perdre son travail. Elle en avait culpabilisé et s’en était voulue énormément. J’avais neuf ans à l’époque et j’ai eu très mal pour elle. C’est vrai que sur cet album, j’ai voulu chanter mes propres émotions et à travers là chanter les autres et leurs histoires. Je ne suis pas porte-parole des ouvriers. C’est juste que j’ai vu ma mère en baver et que je voulais le partager.

Vous avez pris votre temps pour cet album ?

En fait, j’avais perdu ma voix pendant un an et demi, pendant la tournée de Gospel & soul. C’est terrible de perdre la voix. J’ai fait ma convalescence près de chez mes parents. Passés la peur et le doute sur ma capacité à récupérer, des idées sont nées sur ce nouvel album. Les sentiments, les souvenirs, mon vécu, tout cela est remonté à la surface à une période où je ne pouvais pas parler, mais je voulais beaucoup m’exprimer. Je n’ai pas pu récupérer complètement. Dès que j’ai pu, je suis allée à Los Angeles pour enregistrer mon dernier album. En tant que croyante, je me dis que ce fut une épreuve, un test par Dieu, que j’ai franchi avec succès.