Cheikh Ghassens chante Georges Brassens… en darija

L’Institut français de Casablanca accueille un spectacle de Cheikh Ghassens, samedi 23 janvier. Accompagné de ses musiciens, l’artiste interprétera des textes de Georges Brassens traduits en darija.

Que vous soyez des «Amoureux des bancs publics» à «La mauvaise réputation», ou plutôt du genre à «Mourir pour des idées» avec «Les copains d’abord», ceci est un «Rendez-vous avec vous».  C’est Georges Brassens qui le dit et Cheikh Ghassens qui le traduit en darija, pour le plaisir des fans nostalgiques et autres aspirants subversifs. L’événement aura lieu le 23 janvier à l’Institut français de Casablanca. Une première rencontre avec le grand public pour l’artiste qui s’est attelé, depuis un an déjà, à la rude tâche de l’adaptation des textes du poète français.

Ghassan meet Brassens

Ghassan El Hakim, c’est son vrai nom, n’est pas chanteur, mais comédien et metteur en scène. Que vaudrait d’ailleurs la performance vocale à chanter Brassens? C’est de poésie qu’il faut s’armer. D’humour aussi et d’un brin de subversion. Beaucoup même pour égaler le libertaire et anarchiste que fut Georges Brassens. Pourquoi le Cheikh? «Le titre Cheikh évoque à la fois la sagesse et l’art de raconter la vie en musique, dans la culture populaire, un peu comme le fut Brassens», explique Ghassan.

Le comédien raconte avoir rencontré Brassens à trois reprises : «On a grandi ensemble. Mes parents l’écoutaient en boucle et j’avoue que ça m’ennuyait à l’époque. Ensuite, par un concours de circonstances, j’ai joué de la guitare en France avec un groupe de musique qui reprenait ses chansons. Et puis un jour, il y a quatre ans, je me suis mis à gratter, sur ma guitare, l’air de La mauvaise réputation, et c’est en darija que les mots sont sortis». Content du résultat, il pousse la chansonnette devant des amis dont l’enthousiasme ne laisse aucun doute: Il faut partager cela avec le public.

«Je m’étais alors donné une année pour monter un spectacle. Aujourd’hui, j’ai 14 chansons traduites, dont j’interpréterai 11 à l’Institut français». Il ne s’agit pas que d’un travail de texte, dans ce spectacle, mais également de scénographie et de mise en scène, afin de reconstituer tout un environnement adéquat pour la rencontre de Brassens avec le public darijophone.

Douce révolte

Contrairement à Brassens, libertaire déclaré dont la plume virulente cinglait les pages des canards engagés de l’après-guerre, Ghassan El Hakim, lui, s’engage le sourire aux lèvres.  Il est de toutes les causes, mais emprunte les chemins de l’art pour l’exprimer. On le retrouvera parmi «Les optimistes», compagnie de théâtre multinationale brossant le portrait des Etats d’Israël et de Palestine, ou dans Mamfuckinch, court-métrage critique à l’égard de la tyrannie de groupe…

Lauréat de l’ISADAC, Ghassan Al Hakim est un touche-à-tout qui se contente d’art et d’eau fraîche, pourvu qu’il en ait l’ivresse. «Walou», sa pièce de théâtre montée et jouée en 2013, a défié l’État et ses subventions. «La création doit précéder les recherches de fonds et de subventions. Je ne comprends pas que l’on attende l’argent de l’État pour se mettre à créer. Walou a prouvé que l’on pouvait faire du théâtre n’importe où et avec peu de moyens. Nous avons pu nous produire à dix-sept reprises dans des garages, des salons et des endroits divers», assure l’artiste. Là aussi, la satire remplace l’indignation, à travers l’histoire d’un chômeur qui menace de se suicider pour une vétille et des hauts dignitaires du pays se déplacent pour lui suggérer de meilleures raisons pour se suicider.

Aujourd’hui encore, Ghassan donne des cours de théâtre à l’UZine où il s’engage dans l’éveil artistique de jeunes dont le talent ne demande qu’à être libéré. «Nous travaillons actuellement sur la traduction de discours politiques en darija. C’est d’une grande drôlerie, parfois», évoque le metteur en scène. Le théâtre comme moyen de démarginalisation et d’émancipation de la jeunesse, c’est encore un challenge pour lequel Ghassan n’attendra pas de subvention…