Ce que peindre veut dire…

Pour la deuxième édition de son symposium artistique, Asilah célèbre du 26 mai au 4 juin les talents marocains disséminés dans le monde et leur demande de cogiter sur la façon dont la peinture se pratique de nos jours.

L’art contemporain attise de houleuses passions : Si les chiens ballons, lapins argentés et autres langoustes moustachues de l’Américain Jeff Koons peuvent faire sourire, le Belge Wim Delvoye doit, lui, s’attirer pas mal d’aigreur et de consternation avec Cloaca, sa machine «intestinale» – cotée en bourse ! – censée faire réfléchir sur la société de consommation, un engin qui imite si bien la digestion qu’il s’en échappe d’authentiques matières fécales… Vendues lors des expositions – si, si… – et assorties des rouleaux de papier toilette d’usage, s’il vous plaît.

«Scandaleux»… «une insulte à l’intelligence»… «l’art est mort», se lamenteront certains à la vue de telles «performances» artistiques quand d’autres y décèleront, au contraire, des lueurs de génie, d’habile ironie, d’humour.

Et la peinture, dans tout cela? Où en est-elle ? Sort-elle des cadres traditionnels, se débarrasse-t-elle de ses châssis, déborde-t-elle des cimaises? Peut-elle être considérée aujourd’hui comme une pratique d’avant-garde au même titre que l’art vidéo, le web-art? Ou recule-t-elle face à la frénésie mondiale autour d’installations artistiques sans cesse plus élaborées, plus extravagantes, plus transgressives ?

Les participants au Symposium international d’art contemporain de la Méditerranée et du Moyen-Orient se poseront ces questions et tenteront d’y répondre ensemble jusqu’au 4 juin à Asilah. Dans le décor épuré, spartiate de la MAC.A (Maison de l’art contemporain, à six kilomètres de la ville), les artistes invités se demanderont ce que signifie être peintre de nos jours, et ce qu’est l’art, au juste, à l’ère des ready-made (objets trouvés considérés comme des objets d’art) généralisés, des réappropriations à tout-va, des enregistrements de bruits du quotidien érigés en œuvres, etc.  

Il se dégage comme un soupçon de crainte de la note d’intention. «N’y a-t-il pas dans l’occupation progressive du terrain par les pratiques actuelles au Maroc comme ailleurs une menace qui pèse sur la toile et qui inquiète les muséologues quant à la pérennité et au devenir de l’œuvre d’art ?», s’inquiètent les organisateurs de l’APAC, l’Association pour l’art et la culture d’Asilah.

Les Marocains du monde en vedette

Capables d’introspection, de remise en question, ils se demandent aussitôt s’ils n’auraient pas «adopté une position conservatrice et anti-historique contre l’essence même de la création» et si le véritable péril ne résidait pas plutôt dans le ressassement, le rabâchage, «la reproduction des styles, des expressions picturales et la stagnation de la recherche picturale».  

Cette année, le Symposium a choisi de mettre en avant des artistes marocains résidant à l’étranger. «Une occasion pour consolider les liens culturels des plasticiens marocains du monde avec le Maroc et œuvrer pour le rapprochement des cultures à travers une réalisation artistique métissée». Car ces artistes ne sont pas là uniquement pour débattre à battons rompus. Comme l’année dernière, des ateliers de peinture sont prévus ainsi qu’une exposition, des veillées poétiques et musicales, des promenades en pleine nature… Un programme foisonnant à découvrir sur le site de l’association pour l’art et la culture : http://apac.ma/