Casa se dote d’une méga bibliothèque

Grâce au legs d’un mécène , une bibliothèque digne de la métropole sera érigée au milieu du campus universitaire, de l’université Hassan II. Elle renfermera notamment quelque 600 manuscrits rares légués par le mécène. Son coût est estimé à 60 MDH, et elle sera prête en 2007.

Quelle relation entre l’université, le développement, et la création d’une grande bibliothèque régionale digne d’une métropole de la taille de Casablanca ? Réponse : la formation et le développement des ressources humaines ne peuvent se faire que par le biais d’une recherche de qualité. Et pour cela il faut des espaces appropriés selon les responsables de l’Université Hassan II-Aïn Chock, qui accueillera le fameux projet.

Mais quand c’est un mécène qui se met au service de la science et du savoir en s’impliquant dans la construction et le financement de la plus grande bibliothèque casablancaise après la prestigieuse fondation du Roi Abdul Aziz Al Saoud pour les Etudes islamiques et les sciences humaines, on est devant une œuvre à la fois culturelle et sociale.

L’affaire remonte à l’année 2003. On est à la troisième année de la mise en œuvre de la réforme initiée par la Charte d’éducation et de formation, laquelle confère à l’université marocaine une autonomie pédagogique, scientifique, administrative et financière. Mohamed Barkaoui, président de l’université Hassan II de Casablanca, se prend au jeu. Il veut donner à l’université son autonomie. Idée, doter son institution, qui concentre quelque 40 000 étudiants, d’une grande bibliothèque. Dans leur prospection, les initiateurs du projet croisent le chemin d’un mécène, la Fondation Sekkat, créée par les héritiers de Haj Mohamed Sekkat après sa mort en 2004. Un homme richissime, pieux, généreux, et passionné par la culture, qui tenait à partager cette passion avec la communauté casablancaise. Il avait alors l’idée, de son vivant, d’ériger une bibliothèque. Le projet fut lancé sur papier, mais la mort emporta le mécène avant de pouvoir le concrétiser. Non sans spécifier dans son testament qu’une partie de sa fortune (20 MDH) ira au financement d’un tel projet.
Les responsables de l’université et la Fondation Sekkat se concertent alors pour conjuguer leurs efforts en vue de la création d’une bibliothèque digne de la plus grande université marocaine. Pour mener à bien le projet, la Fondation Sekkat, représentée par Haj Fadel, le fils du défunt, s’engage à doubler la mise.

Avec 43 MDH, un terrain cédé par l’Etat, et le savoir-faire des responsables de l’université, il y a de quoi bâtir un grand et riche espace de culture et de savoir. En plus du financement, la fondation met à la disposition de la future «bibliothèque universitaire Sekkat», la bibliothèque personnelle léguée par Haj Mohamed qui renferme, en plus des livres édités, quelque six cents manuscrits : un patrimoine d’une valeur estimée à 20 MDH. Un traitement spécial sera réservé d’ailleurs à ces manuscrits : scannés, ils seront mis à la disposition du public dans un pavillon à part dans l’enceinte de la bibliothèque.
Le concept de cette bibliothèque se veut original. M. Barkaoui précise son idée : «Au lieu d’un établissement fermé sur son environnement, on veut que cet espace bibliothécaire soit l’appropriation de tout le monde, l’aide précieuse de la Fondation Sekkat y contribue grandement.» Après la visite de quelques bibliothèques renommées, dont la Bibliothèque Al Saoud, la Bibliothèque nationale de Rabat et celle d’Al Akhawayn à Ifrane, le vœu est émis que la future bibliothèque casablancaise réunisse au moins deux atouts, selon M. Barkaoui, pour tout le grand bien des chercheurs et des utilisateurs. La complémentarité d’abord avec les sept bibliothèques qu’abritent les sept établissements universitaires de l’Université Hassan II correspondant à ses sept champs disciplinaires. A savoir les sciences médicales, la médecine dentaire, les sciences d’ingénieurs, les sciences économiques et juridiques, les sciences physiques, chimiques et mathématiques, et les sciences humaines.

Un lieu de convergence des discipline enseignées dans les 7 facultés de l’université
Deuxième atout : la bibliothèque universitaire Sekkat sera fédératrice en appliquant le principe de la transversalité de toutes les disciplines étudiées, principe stipulée par la Charte d’éducation et de formation. A côté des autres bibliothèques, elle sera le lieu de convergence, les nouvelles technologies de l’information aidant, de toutes les disciplines enseignées dans les sept facultés de l’université Hassan II. Et au-delà, puisqu’elle sera ouverte par sa connexion aux bibliothèques des académies, aux lycéens et collégiens, et même aux bibliothèques du quartier.
Le projet se fait son chemin. Les autorités de l’université demandent l’avis des responsables du conseil régional de Casablanca, lesquelles entérinent le projet. Une fiche technique est libellée. Sur la base de laquelle un plan est confectionné par le cabinet d’architecture Belahmar. Le terrain où sera érigée la bibliothèque est cédée par l’université elle-même, sis Route d’El Jadida, au centre même du campus universitaire, là où il y a une grande concentration estudiantine. Superficie : presque un hectare. Mais juste à côté seront bâtis également les nouveaux locaux de la présidence de l’université, ainsi qu’une résidence dédiée aux chercheurs. Le bâtiment comprendra quatre niveaux en plus d’un rez-de-chaussée. Ce dernier abritera une salle de documents précieux, une salle de lecture, une salle de conférences et un hall d’exposition.

La vocation de la bibliothèque est délibérément pluridisciplinaire
Un espace pour les entreprises est aménagé au dernier étage. Le premier et deuxième étages contiendront des salles de lectures générales ou spécialisées, des salles de recherche et de formation et un centre de conférences. Le troisième étage, quant à lui, abritera, en plus d’une salle de lecture, un service technique et le service administratif. L’infrastructure nous informe M. Barkaoui, nécessitera quelque 30 MDH, le reste (13 MDH) sera investi dans l’équipement, ainsi que les 15 MDH qu’apportera comme contribution à cette œuvre le conseil de la Région du grand Casablanca. Début des travaux : fin 2005. Ils dureront 14 mois, l’ouverture est prévue en janvier 2007.

Quelle sera maintenant la valeur ajoutée de cette bibliothèque ? Donnera-t-elle un sérieux coup de pouce à la recherche scientifique universitaire ? Une bibliothèque, aussi grande soit-elle, n’est qu’un outil de travail et un espace de documentation qui facilite la tâche du chercheur. Elle n’est nullement un objectif en soi ou un édifice pour le prestige. Un enseignant, comme le stipule la Charte d’éducation et de formation, est d’abord un chercheur, c’est sa vocation. Or, force est de constater que les chercheurs des universités marocaines se comptent sur le bout des doigts et ceux qui sont connus pour leur travaux n’ont compté que sur leurs propres moyens et non pas sur ceux de l’université. «Pour mettre justement l’université au diapason des textes, pour s’acquitter de la mission qui est la sienne, à savoir la production de savoir, des équipes de recherche sont nécessaires pour élaborer un programme sur l’année avec un système d’accréditation pour assurer la pérennité de cette recherche. La future Bibliothèque universitaire ne sera qu’un outil d’accompagnement, mais il est non négligeable», explique M. Barkaoui. Et il ne s’agit pas de faire n’importe quelle recherche, poursuit-il. Pour que celle-ci ait un rayonnement international, «il faut qu’elle soit reconnue et citée par la communauté des chercheurs au niveau mondial. Il faut qu’il y ait accréditation des laboratoires de recherche. Il y va de la notoriété de l’université et de son classement au niveau mondial.» Bon vent

Il faut également encourager les petites bibliothèques
Hormis la Fondation du Roi Abdul Aziz Al Saoud pour les Etudes islamiques et les sciences humaines, qui a une renommée internationale à laquelle se rendent des chercheurs au niveau international, Casablanca est dénuée de tout autre centre de recherche. Faute de bibliothécaires professionnels, les bibliothèques universitaires existantes ont plus l’allure d’un dépôt de livres que de véritable espace de documentation et de recherche. Si cette bibliothèque s’inscrit dans une politique générale, et tel semble le cas puisque Rabat se dotera de sa nouvelle Bibliothèque Nationale et Meknès aussi, sa valeur ajoutée pour la production du savoir est certaine. Mais à elle seule, cette bibliothèque universitaire n’est pas suffisante. Il importe d’encourager des petites bibliothèques de quartier ou de commune pour rapprocher le savoir de toutes les couches de la population.

Mohamed El Ayyadi Historien

Un mécène au chevet des démunis
La fondation Sekkat qui contribue à hauteur de
43 MDH dans la construction de la bibliothèque régionale de Casablanca a été créée par les descendants du père, Mohammed Sekkat, décédé en juillet 2004 à l’âge de 83 ans. Objectif : poursuivre l’œuvre de bienfaisance de leur géniteur. 47 maisons de bienfaisance du Maroc se rappellent de son geste philanthropique de 1992, celui d’éponger tout leur passif. On retiendra aussi que le centre de soutien aux malades de l’hôpital Ibn Rochd, et particulièrement le centre hémodialyse, reçoit régulièrement de la part de cette fondation du matériel sous forme de dons.

Maquette de la future bibliothèque universitaire Sekkat. Elle sera bâtie sur quatre niveaux avec diverses salles de lecture, un espace de conférences et des centres de recherche.