Ayam : un « court’ » qui en dit long

Tout juste mis en ligne, «Ayam» est le court métrage de la jeune réalisatrice Sofia Elkhyari. Moult fois primé dans des festivals internationaux, le film d’animation restitue des souvenirs de conversations familiales intimes.

Jeudi 27 février, «Ayam» vient de se dévoiler au grand public. Court métrage d’animation multiprimé de la réalisatrice marocaine Sofia Elkhyari, «Ayam» met en scène trois générations de femmes marocaines qui échangent des anecdotes alors qu’elles préparent la traditionnelle cérémonie de l’Aid el Kébir. Toujours en course dans de prestigieux festivals, la réalisatrice a cédé à l’envie de le partager, sur les réseaux, avec le grand public.

Un film personnel

Dans «Ayam», il s’agit d’une œuvre personnelle «basée sur des souvenirs de conversations avec ma mère et ma grand-mère. C’est un film qui vise à montrer notamment la force, la transmission et la sororité des femmes marocaines». En effet, la scène raconte en peu de mots et un trait épuré, des aspects de la vie des femmes au Maroc et des difficultés qu’elles rencontrent dans l’environnement familial et social, ainsi que le soutien qu’elles peuvent se donner.
Totalement réalisée à la main, l’animation a gagné en ampleur en recourant aux voix de feue Amina Rachid, de la mère de la réalisatrice, Nadia Boulal, et de son amie Sarah Addouh.
Prix du public au FICAM en 2018, «Ayam» a été distribué dans une quarantaine de festivals internationaux, remportant jusqu’à présent neuf des plus grands prix du genre, dont le Prix du public du Paris International Animation Festival (France), la Mention spéciale film hybride de Ajayu Animation Film Festival (Pérou), le Prix «Best of Fest» à Anny (New York, USA), le 2e prix compétition expérimentale à Athens Animfest (Grèce), la Meilleure animation pour adultes à Animaevka (Bielorussia), le Meilleur film d’animation au FICP (Patagonie) et la Mention spéciale animation à Arte Non Stop Festival (Argentine). Sa tournée continue pour figurer prochainement dans la sélection du prestigieux festival Film Femmes Afrique (Dakar) et du Cairo International Animation Forum (Le Caire).

Un parcours prometteur

Native de Casablanca, en 1992, Sofia El Khyari a quitté le Maroc pour étudier la gestion culturelle en France. C’est là qu’elle s’inscrit en parallèle aux ateliers Beaux arts et se découvre une passion pour l’animation qu’elle apprend en autodidacte. Son premier court métrage «Le Grain de ta peau» est le conte d’une femme fleur, délicate et mystérieuse, née dans le sable chaud du désert.
«Ayam» est créé en 2017, pendant qu’elle prépare un master en animation au Royal College of Art de Londres qu’elle obtient en 2018. C’est l’année où elle finalise son troisième film, «Le corps poreux», qui dépeint une jeune femme angoissée ressentant l’irrépressible besoin d’aller à la mer pour se recentrer. Alors qu’elle plonge dans l’eau, elle pénètre sous sa peau et explore ce qui se cache derrière son enveloppe physique et psychologique.
Actuellement en train de développer son quatrième court-métrage animé, avec le soutien de la Cinémathèque québécoise à Montréal et d’AFAC au Liban, Sofia Elkhyari est en train d’initier un chemin pour une génération de réalisateurs marocains créatifs, mais en manque de moyens et d’opportunités. Bien que le cinéma d’animation n’ait pas encore de tradition au Maroc, le destin d’«Ayam» est porteur de promesses…