Atelier avec Blitz The Ambassador

Que vous aimiez le rap ou non, Blitz The Ambassador a tout pour vous accrocher. Son hiplife s’illustre à Brooklyn comme dans son Ghana natal. Un atelier avec cette bête de scène, dans le cadre du Festival Gnaoua musiques du monde, donne à découvrir un artiste loin de tous les clichés sur le genre et ses performateurs.

S’il est bon de se laisser traîner dans les ruelles avenantes d’Essaouira, en attendant les concerts quotidiens, le Festival Gnaoua et musiques du monde offrait également, à qui le voulait, l’opportunité de fréquenter les artistes lors d’ateliers publics. Partage d’expériences, débats et transmission de connaissances, de quoi nourrir les espoirs des aspirants artistes et les curiosités du public d’aficionados.

Dans l’atelier Hip Hop, qui a eu lieu dimanche 15 mai, avec l’incroyable Blitz The Ambassador, un échange exceptionnel s’est soldé par un mini-concert improvisé pour le plaisir du petit public privilégié qui s’est rendu à Dar Al Khansa, petit riad caché dans une ruelle de la médina.

Le rappeur s’est exprimé, dans son talk avec le batteur Adil Hanin, quant à l’apport du hip hop dans son Ghana natal. «Avant le rap, la musique locale du Ghana, le Highlife music parlait surtout d’amour. L’amour c’est cool. Mais lorsqu’on a un système corrompu, des enfants qui n’ont pas d’école et les jeunes sans job, à un moment, il faut cesser de chanter l’amour et y aller de quelque chose de plus agressif», explique The Ambassador. Le hip hop s’est installé, ainsi, telle une deuxième école dans la vie des jeunes. Le peuple s’en est vite saisi pour s’exprimer pendant la période de transition qui a suivi la sortie de la dictature. Ainsi est née le Hiplife, genre hybride qui a donné voix aux revendications de la rue. Cru direct et à la limite du vulgaire, mais «complètement vrai et là est toute sa puissance», note Blitz.

Durant son cursus aux Etats-Unis, le rappeur s’est fortement imbibé par la culture hip hop et senti qu’«il était de mon devoir de rendre le rap aux miens», car, né au Bronx et nourri aux sonorités jamaïcaines, le rap puisait ses racines dans les origines africaines. Dans son approche, Blitz devait non seulement exprimer à son peuple toutes les possibilités linguistiques du rap, mais également faire valoir aux Américains les différentes possibilités de la rythmique africaine. Un challenge qu’il remporte haut la main grâce à son rap hypnotisant, accompagné d’un band de solistes de talents, au lieu d’une table de mixage ordinaire. Le public du Festival Gnaoua en a eu un excellent aperçu.

A propos du Festival Gnaoua et musiques du monde, Blitz The Ambassador a dit avoir «ressenti beaucoup de jalousie de ne pas fusionner avec les mâalems gnaoua, parce que je me suis rendu compte de toutes les possibilités que ça me donnait, en termes de rythmiques», en espérant pouvoir revenir prochainement sur la scène du festival.

En outre, il s’est déclaré «impressionné par l’attention, l’investissement et l’intérêt porté à la culture gnaoua, parce que c’est ainsi que la culture doit être traité et c’est ainsi que le gnaoui mérite d’être porté». S’en est suivi alors un dialogue autour des conditions de création au Maroc et au Ghana, en soulignant l’absence de soutien à la création en dehors des grands festivals et le faible engagement de l’Etat dans la promotion  de la culture.

Au bout d’une heure, l’atelier s’est transformé en une belle fête inattendue, Blitz et Adil Hanin ont été rejoints par des musiciens présents dans le public et des rappeurs performant dans différentes langue : anglais, espagnol et darija, dont le flow a été balancé par Achraf Khoubbaz, un étincelant jeune homme, vocaliste du groupe Azaoua Boys issu du projet OMMA initié par le Festival Gnaoua.