«Sur le chemin de l’école»… que de rêves fleurissent !

Depuis sa sortie en salle, le film documentaire de Pascal Plisson ne cesse de susciter l’émoi chez les grands, avant les petits. Et pour cause. Nous n’avons pas tous pratiqué le même chemin.

« On oublie trop souvent que le savoir est une chance». C’est par cette phrase que commence le film de Pascal Plisson, un reporter qui, au cours de ses nombreux périples, a vu plein d’enfants vivre dans des situations pour le moins difficiles. Tellement difficiles que leur acharnement pour étudier frise l’absurde, pour nous autres citadins. Mais à mesure que le temps passe, que le chemin s’allonge, leur persévérance quotidienne et leur courage forcent le respect.  

Dès l’aube, de petits hommes se lèvent au quatre coins du globe, probablement à l’heure où le réveil électronique n’a pas encore osé son premier signal, dans les contrées civilisées. Différentes cultures, différents destins, différentes motivations se croisent sur ce même chemin semé d’embûches et de difficultés : terrains glissants, chemins rocailleux, pentes raides et rivières. Sans parler des dangers vivants: troupeaux d’animaux ou hommes aux intentions inconnues.

Jakson et sa sœur sont les premiers à prendre le chemin de l’école, après la bénédiction de leur père et ses inlassables avertissements de contourner les troupeaux d’éléphants et de girafes dans les savanes du Kenya.

Zahira, elle, passe chaque week-end chez sa famille, avant d’affronter les quatre heures de route en compagnie de ses deux copines, chaque lundi matin. Les scènes des trois fillettes tentant d’arrêter de parfaits inconnus sur la route d’Asni ont quelque chose d’angoissant.

A cheval, Carlos doit prendre sa sœur derrière lui et traverser des prairies et des montagnes dans le froid matinal de la Patagonie. On retiendra la charmante supplication de la petite de prendre les rênes du cheval et la permission de Carlitos qui la somme de ne rien dire à maman ! Mais le périple le plus guilleret reste celui de Samuel qui, sur un fauteuil roulant de fortune, traîné par ses frères Emmanuel et Gabriel, parcourt des pistes difficiles du village indien. Un sourire quasi indélébile colle au visage du petit handicapé, une douce reconnaissance à l’abnégation de ses jeunes frères, l’un brave et silencieux, l’autre grincheux, mais rigolo et surtout câlin.

Sur un plan technique, la musique du film rappelle le petit côté aventure des reportages National Geographic. Un choix qui accentue le sentiment de danger imminent, donnant des frayeurs aux plus vaillantes des mamans. Côté image, les prises sont magistrales. On peut tant fixer la goutte de sueur perler sur le front de l’enfant, lors des gros plans, que se rendre compte de sa profonde solitude, sur les plans d’ensemble. Les paysages arides, mais beaux, ont été pour beaucoup dans la réussite de ce film.

On restera sur sa faim, si l’on espère en savoir plus sur les familles, sur les écoles et leurs programmes, ou sur les résultats scolaires de nos petits héros du quotidien. Pascal Plisson n’en dira rien, probablement pour rendre hommage à la bravoure des enfants, qui se passe de tout commentaire. Pour donner un plus d’épaisseur au film, la fin sera dédiée aux rêves d’enfants formulés dans des phrases dont la profondeur dépasse leur âge et tranche avec leur innocente légèreté.

Il est vrai que nous n’y croyons plus. Nous qui n’avons jamais eu à marcher de longues heures pour atteindre nos bancs tant convoités par les petits héros du film. Nous qui avons perdu l’illusion de voir en cette école la porte vers un futur lumineux, l’accès au confort et la fin des inégalités sociales. Mais l’émotion procurée par ces bouts de vies est réelle. Disons que ce n’est pas tant l’éloge de l’éducation que le chant de l’espoir que nous redécouvrons Sur le chemin de l’école.