Article 475 : le mariage chà¢timent

«475 : Quand le mariage devient chà¢timent» est le deuxième documentaire du jeune réalisateur Nadir Bouhmouch. Financé par les internautes à  travers une plateforme virtuelle d’appel aux dons, le film est intégralement disponible en ligne.

Nulle chaîne de télévision n’a raconté, comme Bouhmouch le fait ici, la sinistre histoire d’Amina Filali, l’adolescente de seize ans qui a préféré la mort-aux-rats à une vie de turpitudes aux côtés de son mari-violeur.
Dans le film «475 : Quand le mariage devient châtiment», une vue d’ensemble sur l’affaire nous est d’abord présentée à travers un zapping des chaînes nationales et satellitaires. Objectif : montrer la couverture pour le moins superficielle consacrée au drame par certains médias, allant du simple fait divers destiné à remplir quelques minutes du journal télévisé à de la désinformation pure et simple (des déclarations d’officiels y prétendaient que l’affaire était à mille lieues d’être un viol). Viennent ensuite les témoignages cruciaux des familles impliquées : celle de la défunte et de son mari-bourreau.

Chouâa, l’autre victime de viol déguisé en mariage

L’équipe du film est partie à Larache pour donner la parole aux parents d’Amina et à son beau-père. Point de narration chronologique, le réalisateur a préféré jongler entre la rétrospective, le flash-back et l’immersion dans le présent, le but étant de créer un certain mystère, notamment sur Chouâa.

Deuxième femme du père d’Amina Filali, son vécu est proche de celui de la défunte. On découvre avec stupéfaction que Chouâa a elle-même été victime d’un viol déguisé en mariage… L’auteur du méfait n’étant autre que le père d’Amina. Contrairement à l’adolescente, Chouâa, vingt-six ans, est aujourd’hui mère de trois enfants. Sous l’insistance de Houda, membre de l’équipe de production du film et elle aussi victime de viol, la jeune femme a eu le courage de quitter le foyer conjugal. Le film nous apprend qu’elle a trouvé refuge dans l’un des centres d’accueil de l’Association marocaine des droits de l’homme, en attendant la prononciation de son divorce.
En dehors de l’affaire proprement dite, le film est une œuvre de création. Finement introduits grâce à un subtil travail de mixage et de montage, des passages de poésie en arabe classique interviennent comme autant de virgules pour passer d’un rebondissement à l’autre.

Rappelons que le film n’a bénéficié d’aucune aide institutionnelle. L’équipe du film a, en revanche, pu compter sur le soutien des internautes qui ont, depuis août dernier, fait des donations à travers le site Kickstarter. Au total, 7 000 DH ont suffi pour produire, réaliser et monter ce documentaire tourné sans autorisation, conçu comme «un moyen de désobéissance civile. À travers cela, nous revendiquons la liberté d’expression et de création».