«On ne voyage jamais assez»

à‰tabli à  Lille pour ses études, Mehdi Drissi, 24 ans, a décidé de prendre une photo par jour pendant un an. Scènes de la vie quotidienne, émotions fugaces captées sur des visages…, tout est matière à  réflexion, à  contemplation pour ce jeune blogueur algérien, rédacteur dans des Webzines marocains comme Lcassetta ou Onorient.

Pourquoi avoir choisi la photo comme médium, plutôt que l’écriture, la vidéo, ou autre chose ?

J’ai toujours été fasciné par la photographie et par ces photographes qui arrivent à capter l’émotion et l’ambiance d’un moment donné et à les transmettre ! En revanche, je n’utilise ce moyen pour communiquer mon analyse de la vie que depuis peu. D’abord blogueur (betacon.fr), puis rédacteur sur quelques webzines dont Lcassetta, j’ai pu intégrer une agence de publicité à Paris qui m’a fait découvrir un univers que je ne connaissais pas ou peu : la création. Mon appareil photo est donc devenu mon compagnon depuis maintenant plus d’un an. Je m’amuse avec ce dernier et tente de faire comme beaucoup avant moi : capter l’instant, l’émotion…, la vie.
Je n’ai pas pour autant quitté l’écriture, car nous sommes en train de monter, depuis peu, avec des amis, un projet média sous le nom barbare de wellomag.com, qui traitera de l’actualité «culturelo-digitale». La vidéo est, pour moi, une extension de la photographie. J’y pense parfois, mais je ne veux pas me perdre dans mes projets et souhaite continuer encore dans le domaine photographique qui est si vaste qu’il me reste bien plus d’une vie pour tout découvrir…

Vous dites vouloir partager, capturer un ressenti sur la vie qui vous entoure. Au 238e jour de cette aventure, quels sont vos ressentis ?

Je ne sais pas, c’est une chose tellement complexe, le monde avec ces personnes éphémères que l’on rencontre, avec qui l’on partage un moment de notre vie sans vraiment le vouloir. À qui l’on prend un bout de vie tout aussi furtif en déclenchant et qui, souvent, ne s’en rendent même pas compte…

Mieux vivre certaines choses ?

Sûrement, car j’apprends à apprécier les petites choses de la vie, à essayer de comprendre pourquoi telle personne va plus vite qu’une autre, essayer de prédire les faits et gestes de mon environnement pour savoir si le prochain acte est une action que j’ai envie de garder ou juste apprécier. J’ai toujours été très observateur et je crois que cela m’aide beaucoup à capturer et partager ces moments auxquels j’assiste sans dénaturer l’aspect réel et banal de l’action. Dans notre cas, la banalité n’est pas une tare, loin de là ; c’est dans la banalité que l’on se reconnaît, que l’on vit et où l’on apprend à évoluer. Ce ne sont pas des scènes exceptionnelles que je capture juste des scènes de vie qui, sur le moment, nous paraissent parfois futiles, mais qu’après coup ont bien plus d’importance, de sens… (d’après moi). J’apprends aussi à m’adapter à l’environnement dans lequel je suis durant la prise de photo, les grandes villes me poussent souvent à marcher vite sans le vouloir, à écouter de la musique pour me déconnecter des autres, les petites villes quant à elles poussent à apprécier chaque millimètre de terre qui nous entoure. Vous l’aurez compris, à travers mes dires et mes photos, je suis plus attiré par la photographie de rue, style de photographie qui nous a fait connaître Paris ou New York sous d’autres angles beaucoup plus vivants que la tour Eiffel et les buildings grâce à des photographes comme Robert Doisneau, Cartier Bresson ou Robert Frank, que la photographie de mode ou de paysage, même si cette dernière je m’y essaye parfois. Je trouve que notre vie est déjà une scène et que les gens qui nous entourent sont de parfaits modèles, sans fioritures aucunes, sans maquillage ni mise en scène grotesque !

Dites-moi ce que représente pour vous le voyage. Et pourquoi les jeunes devraient voyager plus souvent…

Le fait de voyager n’a jamais fait de mal à personne. Surtout actuellement, où internet et les réseaux sociaux prennent une grande place dans la vie des gens. Il est très facile d’avoir des connaissances partout dans le monde, mais c’est tellement jouissif d’aller à la rencontre de ces personnes ! Tellement plus enrichissant, pour les deux ! Partager la culture d’un autre tout en lui apportant une bonne image de notre culture, qui ne cesse d’être mal vue de par le monde, c’est une chose extraordinaire.

On ne voyage jamais assez…

Par contre, je vais me permettre de vous reprendre sur le fait que notre culture n’encourage pas cela. Notre culture de base, j’entends par là notre culture arabe, fut portée sur les voyages, car beaucoup étaient des commerçants nomades. Mais peut-être que voyager ne veut pas juste dire changer de culture, de pays, mais juste aller à la rencontre de l’inconnu, le comprendre. Le fait de voyager nous aide aussi à voir ce qui ne va pas dans notre pays et à essayer de l’améliorer. La photo sert à se rappeler ce qui ne va pas dans notre pays et pourquoi les autres réussissent à mieux faire certaines choses.

 

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