Android au Yallah Film Festival

Le court-métrage de Hicham Lasri fait partie de la sélection de ce festival né dans la foulée du printemps arabe. 

Bouchez-vous le nez ! Ici, ça ne sent pas vraiment le muguet. Largués dans un bled lointain appelé Mo-Rock-O, vous vous demandez pourquoi vous pataugez dans cette décharge publique, et surtout, ce qu’y fiche cette gracieuse promeneuse, devant vous. Alors vous la suivez. En la voyant s’accroupir, vous réprimez un haut-le-coeur. Vous pensiez vraiment que les filles n’avaient pas d’intestins ? Allons, messieurs, un peu de sérieux.

«Android, c’est l’histoire d’une femme qui fait ses besoins dans un dépotoir, et qui donne ainsi naissance à une monstruosité», poétise Hicham Lasri, le réalisateur du court-métrage. «Badass Girl se fait pourchasser par cette créature sortie de ses entrailles et qui veut se libérer de ses chaînes». Un manifeste odorant contre les turpitudes du monde moderne. La plus grosse tare de l’Homme du XXIe siècle ? La «zombification», assure le cinéaste. «Ça va plus loin que la consommation effrénée ou la course au profit, des thèmes trop rabâchés à mon goût. Ce que je déplore plus que tout, c’est cette apathie généralisée, cet enlisement dans l’inertie qui nous caractérise et nous rend plus aisément manipulables». Android se veut d’ailleurs un clin d’œil à l’œuvre du romancier américain Philip K. Dick, qui s’est acharné à décrire l’aliénation de l’individu par le système.

Dans le court-métrage de Hicham Lasri, on peut voir un super-héros pitoyable et obèse, qui n’a de Superman que la cape et qui tente désespérément de s’arracher des griffes d’un dieu cruel, dont il est la marionnette. «C’est grâce aux comics Marvel que me lisait ma mère que j’ai appris à lire et à écrire», raconte le cartooniste amateur – il n’hésite pas à utiliser des bulles et des onomatopées dans ses films. «Je n’ai jamais arrêté de lire les BD et de nourrir mon travail de ces références, en terme de style, de découpage technique et même de dialogue». Sa source d’inspiration majeure reste, cela dit, la rue marocaine. «J’essaie de capturer une vérité sociologique marocaine et de l’inscrire dans l’universalité», déclame cet ambitieux, dont le premier long-métrage sort à la fin de l’année, après quatre ans de peaufinage. Dans The End, Hicham Lasri rembobine le temps et nous replonge en 1999, cette date qui marque la fin d’une époque : le règne de feu Hassan II. «Dans ce Maroc post-apocalyptique, deux déclassés se rencontrent et tombent amoureux», raconte le réalisateur, qui promet une œuvre irrévérencieuse, pertinente et marquante. A vérifier en décembre.

Le Yallah Film Festival en trois dates
– Jusqu’au 19 septembre : Appel à films sur www.yallahfilmfestival.com.
– Du 26 septembre au 15 octobre : Festival en ligne (Compétition officielle).
– 19 octobre : Remise des prix à l’Institut du Monde Arabe à Paris.