Andalussyat du Maroc et d’ailleurs

Du 13 au 16 décembre, la 14e édition du festival Andalussyat se tiendra à Rabat, Casablanca et El Jadida. Un menu raffiné y sera proposé, avec des maîtres de la musique andalouse d’Espagne, d’Algérie, de Tunisie et du Maroc.

L’Association des amateurs de la musique andalouse au Maroc ne fait pas les choses à moitié. Dans son engagement dans la préservation et la pérennisation de l’héritage musical andalou, elle s’est attelée à organiser des événements musicaux, à transcrire les textes poétiques et à former la relève à travers Dar Al Ala, un musée d’art et une école de musique andalouse. Pour fêter ses soixante années d’existence, l’association a mis les moyens pour assurer une 14e édition somptueuse de son événement phare Andalussyat.

Entre les deux rives

Si la musique andalouse fait partie intégrante du patrimoine musical marocain, d’autres pays peuvent s’enorgueillir d’en posséder un capital honorable. C’est en ce sens que le festival Andalussyat s’ouvre, comme chaque année, sur des expériences artistiques diverses, permettant au public de découvrir et de s’enrichir des autres facettes de la musique andalouse. Cette année, le public rbati découvrira El Grupo compania de baile flamenco Duende d’Algeciras, sous la direction de Mercedes Alcala Notario, avant de savourer le doux chant de la diva Zainab Afailal, avec l’orchestre de feu Mohamed Larbi Temsamani.

A Casablanca, deux concerts auront lieu les 14 et 15 décembre, à la salle Megarama. Le jeudi 14, la soirée commencera avec l’ensemble Nassim El Andalous qui viendra d’Oran, juste avant le grand spectacle avec des noms connus, tels que le mythique Haj Bajedoub, Abderrahim Souiri, Fatima Zahra Qortobi et d’autres. La soirée du vendredi 15 donnera à découvrir l’Ensemble Malouf Ennaoua de Kairouan, qui sera suivi par une création musicale exceptionnelle intitulée «Sur les traces du grand soufi andalou Abou Hassan Chouchtouri», avec Marouane Hajji, Abir El Abed et d’autres belles voies du chant soufi.

Au Théâtre Afifi d’El Jadida, l’Orchestre du conservatoire de musique andalouse de Fès animera une soirée jeudi 14 décembre, avec la participation des artistes Adil Hajji et Abdellah El Makhtoubi. La soirée du samedi 16 décembre commencera par un concert de l’artiste Nabyla Maan et finira par un spectacle de l’Orchestre de jeu Haj Abdelkrim Raïs, sous la direction de maître Mohammed Briouel et la participation des artistes Abdelfettah Bennis, Abderrahim Souiri et Aziz Alami Chentoufi.

A l’occasion des soixante ans de l’Association des amateurs de la musique andalouse au Maroc, une conférence aura lieu à la salle de conférence Mazagan, autour du thème «60 ans de contribution artistique, littéraire et pédagogique», avec un panel de spécialistes en littérature, en histoire et en musique, du Maroc et d’ailleurs.

Une histoire d’amour

Si la musique andalouse a su résister à l’oubli, c’est en partie grâce à l’engagement sans faille et sans relâche de l’Association des amateurs de la musique andalouse au Maroc. Cette institution, née en 1958, de l’initiative visionnaire de Hajj Driss Touimi Benjelloun, a connu trois périodes déterminantes, selon Moaad Jamaï, président fondateur du festival Andalussyat. «La première est celle de la création de l’association au lendemain de l’indépendance qui s’inscrivait dans un projet nationaliste et porteur de messages forts, à savoir le travail sur la mémoire et la sauvegarde des valeurs culturelles». A cette période, commençaient les premières représentations dans les grandes villes du Royaume.

La seconde période coïncide avec la disparition du président fondateur. L’association a, alors, connu le souci du maintien des rangs, car les divergences intestines pouvaient menacer sa pérennité, d’autant plus que d’autres tendances musicales commençaient à émerger et à gagner l’intérêt du public, tels que le phénomène Ghiwanes. Les maîtres de la musique andalouse commençaient également à montrer des signes de fatigue.

La troisième période correspond au rajeunissement de l’association  qui a conduit au renouvellement des orchestres et à l’internationalisation de la musique andalouse, grâce notamment à la création en 2003 du festival Andalussyat par Moaad Jamaï. Sur le plan de la transmission, la fondation de Dar Al Ala, dans le mythique quartier des Habous, en est la réussite la plus significative. Ce lieu de vie grouille de jeunes et de moins jeunes qui apprennent, échangent et pratiquent leur art de façon durable. L’Association des amateurs de la musique andalouse au Maroc pourrait, en ce sens, servir de modèle efficace d’engagement culturel.