Amy Winehouse : la diva soûle 

Sa fulgurante carrière a démarré en 2003, avec l’album «Frank». Son deuxième et dernier album, «Back to Black», a reçu cinq prix et six nominations aux Grammy Awards. De toutes parts, les fans accourent pour se recueillir devant la maison de la défunte, à  Camden Square, au nord de Londres.  

I ls sont venus en courant, dès qu’ils ont su, ce samedi 23 juillet. Ils ont versé des larmes, des pétales de fleurs, des canettes de bière et des fiasques de vodka. Un hommage immodéré à celle qui collectionnait les excès. «J’ai fait des émissions de télé bourrée. Et alors ?», rugissait la diva aux journalistes. «Mon job, c’est de faire de la bonne musique. Le reste, je m’en fous». Le reste, c’est-à-dire les quarante-huit bouteilles de whisky exigées, un soir, avant un concert, l’herbe ou le crack fumés au mépris des caméras, les douloureux séjours en désintox.
Mais gageons que tout cela sera vite flanqué aux oubliettes. Que l’Histoire retiendra l’essentiel : une voix qui enivre, des complaintes soul et jazz qui rendent accro. «Elle était une musicienne extraordinaire, dotée d’une intuition rare», se souvient le chanteur américain de pop et de jazz Tony Bennett, qui, il y a quelques mois, a enregistré son classique Body and Soul avec la défunte. «Je suis dévasté que son exceptionnel talent ait connu une fin aussi précoce». L’acteur Russell Brand, un ami de longue date, parle tout bonnement de génie : «De sa présence étrangement délicate émanait une voix qui ne semblait pas provenir d’elle, mais de quelque part entre Billie Holiday et Ella Fitzgerald, des plus grands». Sur Facebook, c’est le deuil. Le déchirant, l’obsédant Back to Black ricoche de mur en mur. We only said goodbye with words… I died a hundred times… (Nous ne nous sommes dit adieu qu’avec des mots, je suis morte une centaine de fois). Les paroles, cruellement vraies, résonnent longtemps dans les têtes. Comme Michael Jackson il y a deux ans, la défunte doit aussi, hélas, endurer le flot de plaisanteries vaseuses, déversées par les hyènes d’Internet. «Comment quelqu’un avec une âme peut-il faire des blagues sur le décès d’une des artistes les plus douées de sa génération ?», se désespère la DJ américaine Samantha Ronson. Douée, c’est peu dire. C’est à Stormwind, dans leur cocon londonien, que Mitchell et Janis Winehouse assistent, les premiers, à l’éclosion de ce talent pur, le 14 septembre 1983.

«Je vous jure que je suis une bonne fille»

Le père, qui malmène souvent du Frank Sinatra au Karaoké, ravale sa langue dès qu’Amy entonne un air. Déjà provocatrice, la petite chante à tue-tête en classe, se fait souvent gronder pour son manque de concentration. Mais elle n’en a cure. Ses parents, ses fans les plus zélés, approuvent des deux mains. Dès huit ans, Amy prend ses premiers cours de chant au Susi Earnshaw Theatre School, puis au Sylvia Young Theatre School, à temps plein, jusqu’à ce que ses tenues débraillées et son piercing au nez lui valent une expulsion. Tant pis pour l’école Sylvia Young, ce n’est, de toute façon, pas grâce à ses profs de l’époque qu’Amy Winehouse va briller dans le firmament musical. C’est un certain James Tyler, son petit ami de l’époque, qui envoie une démo au label Island/Universal. La jeune tornade signe alors un premier contrat. En 2003, Frank, le premier album, est un franc succès. La Winehouse devra, cela dit, attendre 2006 avant de tout rafler : avec Back to black, où l’on tombe notamment sur le grisant Rehab, l’artiste cueille rien moins que six nominations aux Grammy Awards et empoche cinq prix, dont celui de la meilleure nouvelle artiste, de l’album de l’année et de la chanson de l’année.

Peut-être un album posthume en préparation

S’ensuivent les frasques que l’on connaît. Tatouée comme un marin, maquillée comme une voiture volée, la diva promène sa gueule de bois et sa tignasse noire sur les plus grandes scènes. De plus en plus souvent, son immense voix s’éraille. Son mari Blake Fielder Civil a achevé de l’initier aux drogues dures. Samedi 18 juin 2011 à Belgrade, Amy Winehouse émerge à peine d’une cure de désintoxication trop rapide. Elle titube, chante faux, sifflée par le public serbe. Ce sera son ultime concert, le reste de la tournée est annulé. Passé le mécontentement, c’est une grande inquiétude qu’elle inspire à ses fans, qui la savent plus paumée qu’irrespectueuse. «Je vous jure que je suis une bonne fille», assurait-elle aux journalistes du quotidien français Libération.
Aux dernières nouvelles, les causes du décès d’Amy Winehouse n’ont toujours pas été élucidées. Son autopsie n’ayant rien révélé, il faudra attendre quelques semaines avant de connaître les résultats des tests toxicologiques. D’ici là, on peut se morfondre en lisant les épilogues des critiques, qui, par cette mort tragique, allongent la liste du fameux «Club des 27»â€ˆ: Comme le guitariste des Rolling Stones Brian Jones, comme Jimi Hendrix, Jim Morrison, Janis Joplin ou encore Kurt Cobain, la chanteuse s’est éteinte à tout juste vingt-sept ans. On peut aussi se consoler par cette révélation du Daily Telegraph : Amy Winehouse aurait laissé le canevas de son troisième album, qui pourrait donc sortir à titre posthume, au grand bonheur des dévots.