Alaa Zouiten, un luth au Jazzablanca

Alaa Zouiten s’est produit au Casart du Sofitel tour blanche, ainsi qu’au Jazz Club dans le cadre du festival Jazzablanca. Une première pour ce brillant musicien qui libère le luth de ses chaînes identitaires.

Il est musico-ethnologue et la thèse qu’il est en train de soutenir en Allemagne porte sur la transculturalité de la musique. «Un concept qui dépasse l’interculturalité de l’art», explique-t-il, du fait que la fusion s’évertue à préserver l’essence des genres, alors que la transculturalité les transfigure. Pour étayer ce propos, il faut écouter son groupe, nouvellement créé, qui relate parfaitement ce concept.

Accompagné d’un bassiste franco-espagnol, d’un saxophoniste bulgare, d’un pianiste allemand et d’un batteur grec, le luth d’Alaa Zouiten se transforme d’un outil de transmission de maqams arabes à un instrument vivant, libre et omnipotent. Dans les performances du band, les sonorités s’entremêlent et coexistent simultanément. Il est sans doute déroutant d’entendre un air tzigane concourir avec un accord arabe, en suggérant un son flamenco. Mais Alaa Zouiten et ses « enfants » le font très bien.

«Si je dois désigner une idole, un exemple à suivre, ce serait pour moi le grand Saïd Chraïbi. Les plus grands maîtres du oud dans le monde s’inclinaient face à son génie. Il a libérer l’instrument de la suprématie orientale. Malheureusement, il n’a jamais eu la reconnaissance qu’il méritait», se désole Alaa Zouiten qui assure prendre Saïd Chraïbi comme  exemple dans toutes ses activités et dissertations en Allemagne.

Né pour la musique

Lorsqu’on le voit penché sur son oud ou sa mandoline, caressant les cordes avec aisance comme un prolongement de son propre corps, l’on imagine difficilement le jeune homme faire autre chose. Pourtant ce jeune trentenaire s’était dédié à une carrière de médecin à la faculté de Marrakech, avant de céder aux sirènes de la musique. Personne dans sa famille ne s’imaginait qu’en lui mettant un luth entre les mains à son adolescence, la musique allait l’emporter sur la science. Déjà en faculté, il crée son premier band  «Chwiya chwiya Band», qui se joue des genres et des arrangements pour s’illustrer loin de la concurrence.

Sa rencontre avec le leader de la fusion Mohamed Jbara le met sur la voie du professionnalisme. Mais pour Alaa Zouiten, il n’est pas question de jouer les morceaux des autres. Il enregistre son premier album «Un oud fou», dans le style jazz arabo-andalous, avant de prendre l’avion pour l’Allemagne, pour des études poussées en musique.

Entre temps, Alaa s’intéresse à des styles différents, allant du flamenco au rock progressif en passant par le reggae, blues, la musique baroque, médiévale et classique, sans laisser tomber les musiques traditionnelles marocaines tel que le «gharnati», «Gnaoua» ou «Ayta», mais avec une approche moderne.

En 2012 son album «Hada Ma Kane», qu’il traduit par «point-barre», naît d’une volonté d’en finir avec les clichés collés au jazz et au luth. En 2016, c’est l’album «Talking Oud» qui voit le jour, avec le morceau Hilalia, il rend hommage à Salim Hilali, une autre grande idole pour Alaa Zouiten qui continue de tracer son chemin avec succès dans les milieux berlinois. A suivre de très près.