«La culture doit devenir un levier de développement social et économique»

Le mercredi 12 novembre 2014 sera une journée cruciale pour l’ensemble des professionnels de la culture. Après deux années de labeur, l’association Racines va enfin tenir ses à‰tats généraux de la culture.
Une vaste étude sera présentée à  la Bibliothèque nationale de Rabat ainsi que des recommandations pour mettre en place une politique culturelle efficace, réfléchie et participative.

Qu’y aura-t-il au menu de ces États généraux de la culture ?

Cette journée se déroulera en trois parties. D’abord, la restitution de deux années d’un travail de longue haleine: dix-huit études sectorielles, sept études transversales sur la culture, dix rencontres professionnelles, trois rencontres régionales avec le public, des workshops avec des experts en politiques culturelles… Nous allons ensuite révéler notre base de données en ligne et cartographiée qui réunit quelques milliers d’entrées concernant les structures et infrastructures de formation, de création et de diffusion au Maroc (www.artmap.ma). Puis nous présenterons des recommandations issues de ce travail en termes de politiques culturelles, avec des objectifs à court, moyen et long termes.
Toutes les parties concernées seront présentes : les institutionnels, avec à leur tête le ministère de la culture mais également tous les départements gouvernementaux intervenant de près ou de loin dans les  politiques culturelles, de manière transversale (éducation nationale, tourisme, industries et artisanat, collectivités territoriales, finances, jeunesse et sport…), les artistes, les opérateurs culturels privés et de la société civile, les professionnels de la culture, les médias…
Nous comptons profiter de ce rassemblement pour organiser des débats et des ateliers, qui permettront de «polir» nos résultats et de publier, après les Etats généraux, les recommandations finales de politique culturelle.

Y a-t-il eu un engouement et un engagement véritable des institutionnels en faveur de ces États généraux ?

Nous avons tenu, depuis le début de cette aventure, à impliquer les acteurs locaux, publics et privés, concernés par la question culturelle, considérant qu’elle devrait être au cœur de l’ensemble des politiques publiques de développement dans notre pays. Nous pouvons dire que certains d’entre eux ont répondu favorablement, en particulier le ministère de la culture qui non seulement comprend la nécessité d’une telle action et son urgence, mais soutient également notre travail et nous accompagne dans ce processus. C’est une première mondiale de constater que l’Etat soutient l’organisation d’Etats généraux de la culture, initiée par la société civile.

Vos rencontres mensuelles «les Mercredi de Racines» ont, durant la saison écoulée, donné la parole aux artistes et acteurs culturels pour qu’ils expriment leurs griefs, leurs attentes, leur vision pour un Maroc plus culturel. Que s’est-il dégagé de ces rencontres ?  

Nous avons eu le plaisir de recevoir 25 professionnels, représentant 11 disciplines artistiques différentes. Les discussions ont porté sur l’ensemble de la chaîne de valeurs de chaque secteur artistique, en termes de formation, de création et de diffusion. Les questions liées à l’éducation artistique et populaire sont ressorties de manière quasi systématique. Le rôle de l’Etat dans le soutien des artistes, la sensibilisation des publics et la formation professionnelle et artistique sont également des problématiques centrales. La professionnalisation représente aussi une revendication majeure car il s’agit de structurer les différents métiers de la culture, au niveau administratif, technique et artistique. Une fiscalité adaptée à chaque filière (cinéma, livre/édition et arts visuels en particulier) est nécessaire, ainsi que la réforme du système des droits d’auteur, dont le fonctionnement actuel pénalise respectivement les entrepreneurs culturels et les artistes. Le rôle des médias et de la presse a été soulevé également vu le manque de journalistes spécialisés et de critiques, mais également en raison de leur importance – notamment les médias audiovisuels – dans l’éducation et la sensibilisation à l’art et la promotion de la création marocaine. Enfin, de grands débats ont porté sur la liberté de création et d’expression, la censure, le rayonnement de la culture marocaine et son exportation en dehors des frontières du Royaume.

Comment convaincre l’ensemble des politiques que la culture est une affaire des plus sérieuses pour l’essor d’une nation ?   

C’est en effet important d’obtenir l’adhésion des politiques à la cause culturelle. Nous pensons que les deux principaux arguments que nous pouvons avancer consistent à démontrer que la culture représente à la fois un levier de développement social et économique. Le Maroc connaît une transition démocratique traversée par des questionnements identitaires, sur la diversité culturelle et les valeurs de la modernité et de la tradition. En somme, la culture, dans ses deux dimensions, anthropologique et esthétique. La culture est notre capital immatériel. Elle doit être portée en tant que projet national d’édification d’un Maroc moderne, décomplexé et ouvert sur l’avenir et le monde. La culture est un facteur de développement social, garant de la stabilité; et de développement économique, porteur de richesse et d’emplois. Les politiques y verront forcément de l’intérêt.