«La crise du monde arabe est moins politique que sociale et religieuse»

«Rukh» est le phoenix de la mythologie persane. C’est aussi un magazine qui s’efforce de refléter les transformations du «nouveau monde arabe». Entretien avec son créateur et rédacteur en chef Hachemi Ghozali.

Qu’est-ce que «Rukh» ? Qu’y lit-on ? Où le trouve-t-on ?

Rukh est un trimestriel de culture et de société sur le nouveau monde arabe. Tous les trois mois, autour d’un thème qui sert à explorer les enjeux de la région (les rebelles, la vitesse, la substance, la religion), nous invitons des contributeurs de tous bords à réfléchir sur ce nouveau monde arabe. En soi, Rukh n’a rien inventé mais son originalité c’est de marier des formats, des contributeurs et des sujets que personne n’avait osé associer avant : le pétrole et la mode, la bande dessinée et le théâtre, des Japonais et des Israéliens qui peuvent eux aussi raconter leur monde arabe…
Rukh est distribué en kiosques au Maroc et dans certains points privilégiés comme la Fnac du Morocco Mall, le Carrefour des Livres à Casablanca ou les Insolites à Tanger. Nous offrons également des exemplaires dans certaines écoles et instituts de formation.

Vous souhaitez incarner, refléter l’esprit du “nouveau monde arabe”. Décrivez-nous cet esprit tel que vous le concevez aujourd’hui, tel que vous l’imaginez dans les prochaines années.

Rukh se veut un laboratoire de réflexion : au fond, nous n’émettons aucun avis, c’est un panorama objectif de toutes les coutures du monde arabe. Or, le choix éditorial que nous opérons a quelque chose de péremptoire, nous avons bien sûr des positions affirmées comme le développement durable, la modération religieuse, la tolérance intellectuelle, l’éducation et le respect des traditions millénaires du monde arabe par opposition à un certain post-modernisme. Car la crise du monde arabe est moins politique que sociale et religieuse, et si ces obstacles peuvent être surmontés, la région vivra sa modernité en douceur. Quelque part, c’est une chance pour nous, ces questions sont entrevues dans certains de nos articles. Eviter les dysfonctionnements de la modernité comme la pollution, la crise urbaine, la perte d’identité. Chaque civilisation vit la modernité à son rythme, il est normal que le monde arabe prenne son temps alors que la France ou la Chine ont mis des siècles pour muer. En revanche, le progrès n’est pas forcément une marche en avant. On ne comprend pas comment des peuples qui ont gagné leur indépendance il y a 50 ans ou vivaient en bonne intelligence en Andalousie avec les Juifs et les Chrétiens il y a 6 siècles soient au bord de la régression intellectuelle et religieuse. D’où une nostalgie pour une partie-certes marginale- des Tunisiens ou des Egyptiens pour des figures comme Benali ou Nasser, qui représentaient sinon un âge d’or, au moins une force du monde arabe. Voilà pourquoi le débat est opaque. Le monde arabe oscille encore entre laïcité ou régime religieux, entre monarchies et républiques populaires. Mais c’est ce qui rend le défi excitant, tout y est à faire.

Parlez-nous des concept-stores que vous lancez et précisément de celui de Marrakech. Qu’y trouve-t-on ? Quand pourra-t-on le visiter?

Les BeitRukh sont des maisons de culture qui abriteront et “matérialiseront” les propositions intellectuelles du magazine. Nous voulons y proposer des conférences et débats, des espaces éducatifs pour enfants et des produits dérivés. Le premier ouvrira normalement dans la Kasbah de Marrakech au Ksar Fouaz dans les mois qui viennent. Plus de détails sur www.rukh.fr !

Décrivez vos autres projets (cinéma, photo, humanitaire, etc.)

De la même manière, Rukh s’associe à des projets ou institutions pour cristalliser nos valeurs. Nous voulons aider des jeunes productions cinématographiques en les mettant en lumière. Nous mettons aussi l’accent sur l’humanitaire avec de la philanthropie infantile notamment au Maroc. Il y a plusieurs mondes arabes : s’ils partagent une religion et une langue, un fossé sépare la région de Tensift au Maroc, du Qatar. Mais tout le monde est d’accord quand il s’agit d’éducation et d’entrisme…