Ahmed Zaibi, le peintre du désordre

L’artiste tunisien Ahmed Zaibi est venu exposer au Matisse Art Gallery. La galerie reçoit ses Å“uvres du 20 février au 12 mars.

Il est tunisien résidant en Suisse depuis des lustres. Mais ses racines l’appellent souvent vers la rive sud de la Méditerranée. Ahmed Zaibi est venu exposer des peintures au Matisse Art Gallery de Marrakech, une ville qui n’a pas de secret pour lui. En effet, le peintre est venu régulièrement y travailler de 2000 à 2008. Il y a donc apporté ses toiles comme on rentre exposer parmi les siens.

Dans cette exposition, Ahmed Zaibi a pioché dans son œuvre ancienne ainsi que dans les dernières toiles peintes en 2013 et 2014, préférant laisser les gravures et installations, pour lesquelles il est connu, pour un prochain événement.

Son style bariolé et ses couleurs vives dénotent d’un esprit en ébullition, pris de luttes intérieures et de réflexions sur le monde. Cela lui vaut la qualification de peintre du désordre. «Car le désordre de la vie m’inspire. Je travaille dessus depuis si longtemps dans mes toiles», explique-t-il simplement.

Si l’imposante taille des toiles de la présente exposition impressionne, Ahmed Zaibi se défend d’être prisonnier d’un genre ou d’un format. «Je peins aussi des miniatures, je dessine, je réalise des gravures et des installations diverses».

Inspiré par la révolution

Ahmed Zaibi n’est pas ce qu’on peut appeler un artiste militant. En ce sens où la politique ne l’inspire pas outre mesure. Pourtant, dans ses malles, un nombre de toiles apportées ont été peintes pendant et suite à la Révolution du jasmin. Dans la ville enflammée de Sidi Bouzid, Mohamed Zaibi a accompagné Mohamed Zran pour le tournage de son film Dégage. Il y a peint quelques œuvres à la mémoire des martyrs. À son retour en Suisse, débute alors une période fort prolifique pendant laquelle il a peint 200 toiles en 8 mois seulement. Une inspiration dont il ignore les raisons, mais qui aurait délivré le génie de cet artiste autodidacte. «Ce fut pour moi un vrai coup de fouet. Tel un bain de lumière», s’exprime-t-il.

On ne s’étonnera pas d’apprendre que le peintre vibre spécialement à la lecture d’Aboulkacem Chabbi. «C’est mon poète préféré. Ses mots me touchent, me transportent et m’inspirent», ajoute-t-il. On apprend qu’à ce poète, le peintre a consacré des gravures par les aiguilles froides de grande dimension. Quand il les a achevées, il avait les doigts en sang, tellement enflés qu’il ne pouvait plus les bouger.