«Gnaoua» au sommet

La Xe édition du festival Gnaoua et musiques du monde (19-23 juillet à Essaouira) a été suivie par quelque 600 000 spectateurs.
Une prestation exceptionnelle avec 25 groupes gnaoua, 250 artistes marocains
et 150 musiciens étrangers.

Qui a vécu le Festival Gnaoua ne saurait s’en déprendre, même quand les tambours se taisent. Comme en ce dimanche 24 juin, au lendemain du baisser de rideau où l’on peut apercevoir des visiteurs installés aux terrasses de cafés, cuvant l’orgie musicale à laquelle ils ont eu droit pendant cinq jours et autant de nuits. Les visages sont fatigués, les esprits embrumés, mais les langues bien déliées. Un seul sujet de conversation : la sensationnelle prestation du Festival Gnaoua.

Tout au long de cette manifestation, la musique émanait des neuf scènes dédiées, planait sur les artères de la ville, s’insinuait dans les ruelles. On ne savait où donner des tympans. Essaouira faisait l’effet d’une scène géante, harmonieusement cacophonique, polyphonique.

Les trois créations musicales, moments forts du festival
Musique gnaoua, jazz, rock, samba, pop, reggae, hmadcha, houara, et tant et tant de genres musicaux qui jouaient chacun sa partition, parfois s’entrelaçaient, fusionnaient. Pour le plaisir de spectateurs majoritairement jeunes, venus s’enivrer de sons, de rythmes et de mélodies. Ils en avaient constamment leur content. Insatiables, ils en redemandaient, rappelant les musiciens à plusieurs reprises, comme lors du concert donné par Hoba Hoba Spirit, où 100 000 heureux se montraient boulimiques du rock accommodé à la sauce marocaine par le quintette foutraque.

Souvent, dans ce genre de manifestation, les concerts sont de facture inégale. Là, ils étaient tous de tenue irréprochable, parfois excellente. Telles les créations musicales proposées afin de fêter dignement le Xe anniversaire du Festival Gnaoua et musiques du monde. Loy Ehrlich, le pianiste aux mains de fée, associé à Akram Sedkaoui (chant), Louis Vertignac (guitare), Cyril Atef (batterie), Saïd Boulhimas (guembri); Karim Ziad, ancien batteur de Cheb Mami, accompagné de Hamid El Kasri (guembri), Ramon Valle (piano), Jean-Philippe Rykiel (clavier) et Jacques Shwarz-Bart (saxophone). Le maâlem Abdeslam Alikane, un des plus beaux fleurons de la musique gnaoua, qui a choisi de jouer avec Ray Lema (guitare), Cyril Atef (percussions) et Abdellah El Miry, nous a gratifiés de moments de bonheur d’expression musicale. Tous ont enflammé cette Xe édition. Confortant ainsi les vertus du métissage exaltées depuis l’éclosion de ce festival par ses concepteurs.

Après un dernier thé à la menthe, les visiteurs se hâtent lentement de rentrer chez eux. Ils sont ivres de sons, repus de rythmes et comblés de mélodies. La Xe édition fut une réussite.